بسم الله الرحمن الرحيم
On a déjà postulé que, du point de vue matériel, c’est le corps qui reçoit l’esprit/Jinni — mais qu’il est aussi dépositaire du Ruh (esprit/Jinni et Ruh sont deux choses distinctes) ; et que, du point de vue spirituel, c’est l’esprit/Jinni qui reçoit le corps insufflé de Ruh.
Selon qu’on évolue d’un monde à l’autre (selon notre état spirituel), on aura l’un ou l’autre point de vue ; ALLAH ﷻ, en vérité, à Qui appartiennent les cieux et la terre, Qui est Omniscient, a les deux points de vue ; et le point de vue matériel est le premier pour les hommes avant qu’ils n’évoluent dans la spiritualité, et c’est la raison pour laquelle ALLAH ﷻ, à titre introductif, nous présente les choses sous cet angle : c’est toujours l’esprit qui nous est présenté comme étant introduit dans le corps, et pas les sensations du corps qui sont présentées comme envoyées à l’esprit personnel/Jinni ; l’angle spirituel relève quant-à lui, au début, du secret, de l’occulte.1
On va s’efforcer d’étudier ici l’évolution et le développement du corps adamique — c’est-à-dire du corps insufflé de Ruh — depuis sa présentation aux anges.
Adam est par définition le premier corps doté de Ruh, donc le premier corps adamique, mais quand on parle du corps adamique, il ne s’agit pas que de lui, mais, plus globalement, de lui et de sa descendance ; toutefois, il est déterminant de comprendre qu’avant Adam se trouvaient d’autres hominidés sur terre, desquels il est issu selon le processus biologique normal (si l’on se place du point de vue matériel) et qui, à l’instar des animaux, n’étaient animés que d’un Jinni dérivé des anges et étaient dépourvus de Ruh ; et quand ALLAH ﷻ présente le corps adamique aux anges, il leur présente le prototype, non pas du tout premier homme sur terre (il y en a déjà), mais de ce qui sera le premier homme moderne (comprendre : l’homme de l’ère du Khilafa humain) doté du Ruh, c’est-à-dire connecté à LUI par l’esprit muhammadien, avec sa forme définitive d’homme contemporain « debout » (redressé) — et il s’agit là de l’homme façonné « sawwa » qu’on nous traduit « dans la forme parfaite » ; d’un point de vue matériel, ce même Adam a été intercalé avec son Ruh dans l’humanité, et il est le point de bascule, la charnière entre l’humanité ancienne et l’humanité moderne « intelligente » : le point de passage entre l’Homme de Néandertal et l’Homo Sapiens — ce qui rend les Écritures parfaitement compatibles avec la théorie de l’évolution ; ce qui ne signifie pas pour autant que nous validons cette théorie, nous la déclarons juste possible — mais nous ne pouvons dans tous les cas nous satisfaire de cette idée saugrenue et déviante, carrément tordue même, selon laquelle les premiers enfants d’Adam auraient forcément copulé entre eux pour former l’humanité, ou — pire — qu’Adam aurait copulé avec ses filles : c’est juste inacceptable2.
Mais il n’est pas que le premier homme doté de Ruh : il est aussi le premier homme doté du Shayt iblisien ; car, lors de sa présentation aux anges, on se rappelle qu’Iblis a été dégradé en Jinni, devenant même l’un de ces « simples » Jinn (on suppose qu’il y en a de plus sophistiqués, de plus puissants) qui jusque-là animaient les hominidés, du primate jusqu’à l’homme de Néandertal — mais avec le Shayt de la rébellion en plus3 ; et ce sont ses descendants « enshaytés » qui, dès Adam, ont cohabité avec les corps adamiques insufflés de Ruh pour former Nafs : Nafs est donc le mariage (Zawj) du corps adamique doté de Ruh et du Jinni iblisien doté du Shayt4 — et Adam, qui est la première Nafs de l’homme moderne, inaugure cette lignée.
De cette première et unique Nafs adamique — de cette Nafs Wâhida comme le dit ALLAH ﷻ dans le Qur’an — va découler toute l’humanité moderne destinée au Khilafa : car de l’union d’Adam avec une de ses congénères de l’ancienne humanité, pas adamique celle-là (et ça n’est certainement pas Ève), par La Volonté et Le Décret d’ALLAH ﷻ, vont être issues d’autres Anfus adamiques — c’est-à-dire des hommes composés d’un corps adamique doté de Ruh et d’un Jinni iblisien doté du Shayt — dont la première femme adamique, qui serait donc une descendante en ligne directe d’Adam conformément aux lois « classiques » de la biologie, et pas une Ève résultant de l’extraction littérale d’une côte du pauvre Adam pour lui permettre de s’amuser sur son nouveau terrain de jeux.
L’homme adamique, après Adam (et à partir de lui), d’un point de vue matériel, est donc le produit de l’accouplement biologique normal entre un homme et une femme : d’abord l’accouplement d’Adam avec une femme non-adamique ; puis des fils et filles d’Adam (donc adamiques) issus de cette union, avec des femmes et des hommes non-adamiques — et c’est à force que les enfants et descendants d’Adam se reproduisent avec les autres humains non-adamiques que va se développer et répandre sur terre l’humanité adamique5 : nul inceste dans cette affaire — nous voilà donc soulagés.
Avec Adam et sa première descendance, donc, les hommes sont progressivement devenus adamiques — et ils le sont tous désormais : c’est l’humanité moderne, investie à la fois du Ruh par le seul corps, mais aussi du Shayt et de la rébellion par le Jinni iblisien ; et il suffit que deux humains de cette humanité moderne se reproduisent pour que leur progéniture biologique hérite du Ruh (et donc de la connexion avec ALLAH ﷻ), mais aussi du Shayt (et donc de la désobéissance à ALLAH ﷻ), avec tout ce que cela implique de tiraillements et de conflits intérieurs : d’un point de vue spirituel, le corps est intégré, sous forme de sensations, au Jinni « enshayté », et on estime que c’est précisément au moment où les toutes premières sensations du corps à l’état de fœtus intègrent le Jinni que La Connexion Divine via Ruh Se fait avec le corps, de telle sorte qu’il y ait une synchronicité parfaite : ainsi, la « nafisation » complète de l’homme, comprise comme le mariage du corps adamique insufflé (« enruhé ») avec le Jinni iblisien révolté (« enshayté »), se produit à ce moment précis où le Jinni reçoit le corps adamique (du point de vue spirituel), ou à ce moment précis où le corps reçoit, en même temps que Ruh, le Jinni iblisien (du point de vue matériel).
C’est également à ce moment que sont inscrits, par Décret Divin, la subsistance, le terme, les actes, et la destination finale — et tout ceci représente le destin horizontal ; car on a déjà établi que, quelle que soit sa destination sur cet axe du destin, sur cette ligne de vie horizontale, l’homme conserve TOUJOURS la faculté de s’élever spirituellement sur l’axe vertical de la spiritualité — et là est La Grâce Ultime d’ALLAH ﷻ.
Telle est l’évolution du corps adamique, depuis son état de corps d’argile animé du seul Ruh au moment de la présentation aux anges, jusqu’à son union en Nafs avec son Qarîn iblisien, qui voit s’opérer le transfert, sur cette même Nafs, de Ruh ; et qui de fait s’estompe un peu dans ce mariage des contraires — comme le Jinni d’ailleurs, dont le Shayt aussi a glissé sur Nafs ; le corps adamique pur a donc laissé place à l’homme adamique complexe, lieu des oppositions, à la fois siège de la lumière et des ténèbres, de la soumission et de la rébellion — mais surtout de la lutte intense qui se joue entre ces deux forces, jusqu’à ce qu’une des deux triomphe et prenne l’ascendant, déterminant le degré de Nafs sur les sept degrés d’évolution établis.
1 Même si, dans Surat Al-Fajr, ALLAH ﷻ nous montre clairement ce point de vue spirituel quand il dit (traduction officielle) : « Et que ce jour-là on amènera l’enfer… » : curieusement, il ne s’agit plus « d’aller » en enfer (ça marche aussi pour le paradis), mais c’est bien l’enfer qui vient aux Anfus — c’est-à-dire qui leur est instillé sous forme de sensations très désagréables ; de même, quand on dit que l’âme est arrachée à la mort, ce sont en réalité toutes les sensations du monde matériel qui sont extirpées de Nafs dans les douleurs de l’agonie.
2 Si on admet l’hypothèse qu’Adam était le tout premier homme sur terre, et même qu’Ève était la toute première femme bricolée d’une côte (on reviendra sur cette histoire de côte, mais on se doute bien, à moins d’être un enfant de quatre ans, qu’il s’agit forcément de quelque chose de symbolique, de métaphorique, de parabolique), on est obligé d’admettre qu’il y a forcément eu de l’inceste et des unions consanguines pour que se développe l’humanité qui descend d’eux ; mais si on rejette cette idée saugrenue, on ne peut que déduire qu’il y avait forcément une autre humanité préexistante avec laquelle Adam a pu interagir pour développer l’humanité moderne, conformément au lois tant biologiques que morales instaurées par ALLAH ﷻ.
3 La scène de la présentation d’Adam aux anges en présence d’Iblis, et celle où il a « mangé de l’arbre » mais sans Iblis cette fois, ne se déroulent pas au même moment et au même endroit, ou plutôt elles représentent deux degrés spirituels distincts : on passe pour Adam des cieux les plus élevés (Jabarut), à un degré intermédiaire du Mulk entre ciel et terre, entre Jabarut et Nasut — et entre les deux se trouve le Malakut ; le Malakut est d’autant plus compatible que le Shayt qui va s’illustrer n’est pas admis au Jabarut, qui est le domaine des anges ; en tout cas ça démontre que la chute programmée d’Adam se fait graduellement, par étapes ; quoiqu’il en soit, au moment où il « mange de l’arbre », il est bien à un degré purement spirituel où il ne connaît ni faim ni chaleur, et il est bien dépositaire du Shayt qui va entrer en scène — et ce Shayt n’émane pas du Jinni Iblis qui n’est pas mentionné, il est bien celui du propre Jinni d’Adam : on peut donc déduire qu’entre la scène de la présentation aux anges et celle de l’arbre s’est écoulé un temps, durant lequel ALLAH ﷻ a associé à Adam un Jinni « enshayté » puis l’a logiquement transféré, ainsi « chargé », du Jabarut au Malakut — et c’est là précisément que se joue la scène de l’arbre ; à l’issue de cette scène, Adam est de nouveau dégradé et transféré cette fois à l’étage inférieur (le Nasut), atterrissant dans le milieu de l’homme de Néandertal où il va inaugurer l’épopée terrestre de l’homme adamique doté de Ruh (et du Shayt) — homme que les évolutionnistes désignent sous le terme d’Homo Sapiens ; mais avant de le descendre, ALLAH ﷻ sépare son corps de son esprit/Jinni qu’il met en sommeil, car il y a transition (comme un fondu au noir) : Il doit le faire naître au monde matériel, et faire coïncider sa descente du Malakut avec le moment de sa naissance biologique au Nasut : d’un point de vue matériel, c’est le moment où l’embryon, en même temps qu’il est insufflé de Ruh, recouvre/récupère/réintègre le Jinni — et la transition a consisté pour ALLAH ﷻ a faire changer d’état au corps, d’où l’extraction momentanée de l’esprit, un peu comme on dissocie l’esprit du corps lors d’une intervention chirurgicale au moyen de l’anesthésie ; et d’un point de vue spirituel, c’est le moment où l’esprit/Jinni, après avoir été mis en sommeil, passe des sensations de la scène de l’arbre au Malakut (qu’il va oublier, car elles sont comme effacées), à celles de la naissance dans le Nasut (et avec ce nouveau corps, il récupère Ruh) ; et même s’il a un Shayt (qu’il n’a pas perdu, lui, lors de la transition du Malakut au Nasut), il s’agit bien du Shayt de l’esprit d’un prophète : car comme on l’a déjà dit, les esprits des prophètes et leurs dérivés ont aussi un Shayt, même si en termes de proportions il est minimal.
4 On rappelle qu’Ève n’existe pas dans le Qur’an : quand il est question d’union Zawj, il s’agit bien de ce mariage, entre le corps adamique doté de Ruh et du Jinni iblisien porteur du Shayt, qui produit une Nafs ; et quand le Prophète ﷺ explique que la femme a été créée d’une côte, il s’agit notamment d’une parabole métaphorique pour indiquer que la première femme adamique est issue de l’union biologique d’Adam avec sa compagne Néandertalienne non adamique (sa « côte », comprise comme sa compagne : celle qui se trouve « à ses côtés », mais anonyme et désignée par une image anatomique pour bien montrer la dimension strictement biologique et la fonction reproductrice de cette compagne) ; quand à la courbure de la côte, cela indique que la femme n’est pas linéaire dans sa conception, et que l’homme doit s’adapter à cette torsion pour « la suivre » : d’où l’épreuve que représente le mariage, et le fait que l’excellence (Ihsan) de l’homme se mesure à son comportement face à cette courbure comprise comme une difficulté ; si toutefois on remonte à la phase de la formation de la sculpture d’argile, on peut parfaitement concevoir qu’ALLAH ﷻ a prélevé de la matière d’une côte d’Adam pour former le modèle féminin, ce qui renforce l’idée d’étroite proximité et d’échange entre l’homme et la femme — et pour cause : ils partagent la même matière ; mais d’Un Point de Vue Hautement Divin, Purement Conceptuel car il s’agit pour ALLAH ﷻ de penser la chose conformément à son désir pour la faire advenir dans les esprits (toute la création n’est que pur concept, relevant de La Pensée de Ce Pur Esprit Créateur qu’est ALLAH ﷻ, et projeté aux esprits avec l’illusion de la réalité), il suffit de se dire qu’ALLAH ﷻ a pensé et développé Hawa dans le moindre détail à partir d’une côte d’Adam — tout simplement : comme on développe autour d’une simple ligne tracée sur une feuille (courbe en l’occurrence) un dessin d’une extrême complexité.
5 L’adamisme se transmet à partir d’un seul membre de couple adamique — et c’est indifférent que ce membre soit un homme ou une femme : comme un plus, il l’emporte nécessairement sur le non-adamisme, et se rajoute automatiquement, en bonus, à la descendance des couples mixtes (couple mixte = homme ou femme adamique + homme ou femme non-adamique) ; jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des couples purement adamiques.





