بسم الله الرحمن الرحيم
L’arabité semble coller à l’islam au point qu’on la voit comme sa caractéristique principale : l’islam est arabe car son Prophète ﷺ est Arabe, son livre est en arabe, ses premiers fidèles étaient Arabes… De là à dire qu’ALLAH ﷻ serait Arabe, il n’y a qu’un pas — et c’est bien ce que pensent de nombreuses personnes : ALLAH ﷻ est « Le Dieu des Arabes », donc, quelque-part, Il est Arabe. Logique ! Comme s’il existait un dieu pour les Arabes, un autre pour les Indiens, un autre pour les Européens… : vu sous cet angle, ALLAH ﷻ n’est plus Le Dieu Un et Unique, Qui rassemble et en Qui les différences se dissolvent, Il est Un Concept Modulable, Qu’on adapte à ce qu’on est et Qu’on soumet à son besoin personnel. Donc, Qu’on réduit à soi-même. Certes, Il a dit dans un Hadith Qudsi : « Je suis à l’égard de Mon Serviteur selon ce qu’il pense de MOI… » ; mais cela ne signifie pas qu’Il est Arabe parce qu’on est soi-même Arabe et qu’on se plaît à Le voir Arabe (parce que ça nous flatte dans notre identité), cela signifie qu’on ne puise de LUI que selon ce qu’on En voit, et que plus la vision qu’on a de LUI est réductrice, plus on Se prive de l’infini qu’on LUI retire en termes d’attributs ; inversement, si on le voit Illimité, Incommensurable, on ne s’impose ni limite ni mesure dans Ses Grâces ; donc, si on Le voit Arabe, on se restreint soi-même à une divinité arabe, mais on se prive de tout ce qu’Il est d’autre et qu’on ne voit pas — car à LUI appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre : la langue de l’Arabe LUI appartient dans sa subtilité — mais aussi la générosité du Marocain dans son hospitalité ou la logique du Français dans sa rationalité ; car a chaque peuple Il a donné un peu de LUI, au même titre qu’Il a donné à chaque individu quelque chose de LUI qu’Il n’a donné à nul autre.
Donc, l’islam n’est pas plus limité à l’arabité qu’ALLAH ﷻ n’est Le Dieu Arabe des seuls Arabes : c’est un peu plus compliqué que ça.
Et avant de raisonner en termes d’ethnie, il faut raisonner en terme de généalogie prophétique : comme on le sait, les Arabes sont les descendants biologiques d’Ismaël, fils aîné du patriarche Ibrahim ; et certains (mais pas tous, loin s’en faut) sont aussi ses descendants spirituels — c’est-à-dire que leurs esprits ont été créés du souffle de son esprit : ce qui explique que de purs Arabes étaient naturellement prédisposés à recevoir et accepter l’islam au moment de la Révélation — comme Khadija la première épouse du Prophète ﷺ, ou Abu Dhar, ou Miqdad, ou encore Abu Bakr le plus connu ; en quelque sorte, Ismaël a généré le terreau biologique et spirituel duquel émergerait l’islam : il a engendré la terre et y a semé quelques graines (qui sont les esprits des pieux Arabes créés de son souffle) — mais d’autres graines (qui sont les Jinn des Arabes mécréants issus d’autres lignées spirituelles), y ont été apportées par le vent.
Et Muhammad ﷺ, s’il est issu de ce terreau biologique, est lui-même le souffle fondateur de sa propre lignée spirituelle (les Ahl Al-Bayt), mais en tant qu’esprit prophétique créé de l’une des 124 000 gouttes ayant donné chacune l’esprit d’un prophète (gouttes issues de la transpiration du cinquième état de la lumière muhammadienne, l’état de pudeur) : c’est-à-dire comme esprit muhammadien individuel de l’esprit muhammadien universel (ou lumière muhammadienne universelle) — cet esprit universel qui a présidé comme Idée Divine à la création de tout l’univers muhammadien : et Muhammad ﷺ, en tant qu’individu et prophète, en tant que Nafs (corps et esprit) n’est qu’un élément parmi d’autres (certes central) de Cette Idée.
Donc, le peuple arabe est le terreau ismaélien duquel est issu le corps de Muhammad ﷺ et, par voie de conséquence, l’islam ; mais, à partir de, et par Muhammad ﷺ, l’islam est voué à s’universaliser et à déborder ce terreau natal — à transcender l’arabité1 :
- Par sa descendance spirituelle, d’une part (il y aurait des Ahl Al-Bayt de plusieurs ethnies — comme il existe partout dans le monde des descendants spirituels de Jésus) ;
- Par la transmission des deux grands secrets2 à l’origine des deux grandes voies (la voie initiée par ʿAli et celle initiée par Abu Bakr) et de leurs multiples ramifications, d’autre part.
Et cette universalisation de l’islam par ce double rayonnement du Prophète ﷺ n’a qu’un but : préparer l’humanité au retour de Jésus à la fin des temps, en rétablissant la religion originelle (le monothéisme abrahamique) après l’avoir purgée de toutes les innovations humaines cristallisées dans le judaïsme et le christianisme — mais aussi dans l’islam qui, comme tradition formelle, est voué à déraper comme les autres (car partout où il y a de l’humain — de l’âme humaine Nafs — il y a de la corruption).
Donc, la descendance spirituelle de Muhammad ﷺ, par La Volonté d’ALLAH ﷻ, serait multiethnique, permettant de faire vivre son esprit prophétique partout dans le monde bien au-delà de sa mort ; et les Turuq (les voies initiatiques), en transmettant les deux grands secrets muhammadiens à leurs maîtres de toutes nationalités (Ahl Al-Bayt ou pas, issus du souffle de Muhammad ﷺ ou d’un autre prophète), allaient propager le Daʿwa à travers le monde : car ces maîtres allaient rassembler autour d’eux leurs peuples respectifs, chacun contribuant ainsi, à son échelle, à rassembler l’humanité dans l’attente de la venue de Jésus ; avec, entre deux l’imam, Al-Mahdi qui, par une autorité que n’ont pas les Awliya, viendrait remettre de l’ordre dans la Umma, afin de préparer les croyants à l’épreuve du Dajjal, au retour de Jésus, et au combat final sous le commandement de ce dernier : car ça ne serait pas seulement pour qu’ils soient dignes d’accueillir Jésus, ou pour l’honorer, qu’il conviendrait de parfaire la foi des croyants — mais surtout pour qu’ils soient prêts au martyr dans cette perspective du combat contre les troupes de Gog et Magog.
Par sa vocation eschatologique, l’islam est donc taillé pour toute l’humanité, et destiné à dépasser très largement le monde arabe : ça n’est pas une option que de lui faire dépasser ses frontières originelles, mais une obligation en termes d’effort ; et les convertis ne sont pas que des transfuges des autres traditions, qu’on doit accueillir avec condescendance en les voyant comme d’éternels novices, mais des gens qui ont quelque chose de fondamental à apporter à l’islam et que n’ont pas les Arabes : ainsi, chaque peuple doit l’enrichir de sa spécificité, de son regard particulier, de sa façon de penser en d’autres langues qui engendre un discours nouveau, une réflexion originale ; ALLAH ﷻ dit : « Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous vous entre-connaissiez » ; la rencontre et l’échange font donc pleinement partie du Plan d’ALLAH ﷻ, avec tout ce qu’ils impliquent d’apports mutuels dans la foi — et il ne faut pas se laisser intimider par les cris d’orfraie des gardiens du dogme le plus poussiéreux et figé (justement chargés de pétrifier l’islam pour l’empêcher d’avancer — voire pour le scléroser), qui ne manquent pas de hurler à l’innovation quand d’autres groupes ethniques ont le malheur d’apporter à la religion une certaine originalité : il y a forcément ailleurs des aspects et des points de vue fondamentaux qui dépassent les Arabes, qui leur échappent, et il appartient autant à ces derniers d’aller les chercher qu’aux autres ethnies de les apporter, d’enrichir l’islam de leurs visions propres — car il en sont les dépositaires exclusifs par ALLAH ﷻ, Qui a dispersé partout dans le monde les aspects de la connaissance donnée aux hommes (afin justement qu’ils aillent les uns vers les autres pour échanger et partager ce qu’ils ont reçu — comme Moïse est allé chercher chez Al-Khidr la science qu’il n’avait pas).
- Muhammad est la charnière, l’isthme, qui fait passer l’islam du monde arabe à l’universalité — et cette universalité est actée dans le Qur’an (34:28). ↩︎
- Il s’agit là de secrets liés à la perpétuation du Message bien après le départ du Prophète ﷺ, jusqu’à l’arrivée d’Al-Mahdi qui serait chargé d’assurer l’intérim en attendant le retour de Jésus. ↩︎




