بسم الله الرحمن الرحيم
Si les prophètes sont infaillibles, c’est bien sur un point en particulier : la Loi ; mais sur le comportement, même s’ils sont infiniment plus vertueux que la moyenne des hommes (et leur connaissance de la Loi, qu’ils reçoivent directement d’ALLAH ﷻ, sans intermédiaire, n’y est pas pour rien), ils ne sont pas pour autant totalement infaillibles : car ils ont un Shayt (certes réduit), et sont sujets à la faute (et donc au péché et au repentir).
Certains Awliya sont d’ailleurs plus élevés spirituellement, et meilleurs en comportement que les prophètes — même s’ils sont créés de leurs souffles : c’est qu’après leur existenciation, dans le cadre de leur cheminement, ils se sont élevés plus haut qu’eux, les dépassant en degré pour atteindre Al-Ihsan — l’excellence absolue d’Al-Insan Al-Kamîl ; certes, le titre de Nabiy — qui se caractérise par une essence, ET une fonction1 — est plus élevé que celui de Walî2, car le second est créé du premier : l’esprit du prophète est créé du cinquième état de la lumière muhammadienne (donc, de lumière), quand l’esprit du Walî n’est pas créé de lumière, mais « juste » du souffle du prophète (donc, d’un « simple » effet de la lumière prophétique) : en termes de hiérarchie dans l’ordre de la création, les prophètes précédent donc les saints ; il n’en demeure pas moins qu’un Walî, en termes de pure spiritualité (et peut-être parce qu’il est déchargé de cette lourde et accaparante fonction prophétique qui implique souvent de se mêler des affaires du bas monde), peut s’élever bien plus haut qu’un prophète — et cela se voit à leurs comportements respectifs3.
Mais Muhammad ﷺ — qui est le plus abouti des prophètes, le plus complet4 — met tout le monde d’accord en termes de comportement : ayant lui-même atteint Al-Ihsan, il est au moins au niveau des plus grands Awliya dont il est d’ailleurs le maître ; et ce qui lui a notamment permis d’atteindre ce Maqam suprême5, c’est qu’il a « profité » des failles de ses prédécesseurs dans la Nubuwwa, desquels il a tiré un enseignement global : car tous les prophètes sont liés spirituellement (d’Adam qui connaissait Muhammad ﷺ avant qu’il ne soit existencié, à Muhammad ﷺ qui connaissait tous ses prédécesseurs depuis Adam) et, de prophète en prophète, il y a une continuité dans la transmission initiatique.
- ʿUmar était d’essence prophétique mais n’en avait pas la fonction : il n’en avait « que » la sainteté (l’essence prophétique entraîne nécessairement la sainteté — renforcée dans le cas d’Al-Faruk par sa fonction de Khalif Rashid), mais sa seule essence prophétique ne lui conférait pas le titre de prophète, car il lui en manquait la fonction officielle. ↩︎
- D’ailleurs le titre de prophète englobe celui de Walî : un prophète est nécessairement un Walî — car qui peut le plus peut le moins. ↩︎
- On sait, par les récits, que les prophètes sont manifestement faillibles dans leurs comportements (et on pense notamment à l’impatience de Moïse avec Al-Khidr, à la colère de Yûnus…), quand certains Awliya ne laissent transparaître aucune ombre. ↩︎
- On parle bien, ici, du Muhammad ﷺ de chair ; pas de l’esprit muhammadien global duquel découle toute la création — dont le Prophète Muhammad ﷺ lui-même. ↩︎
- En termes de causes, car il était dans tous les cas destiné à ce Maqam par sa fonction d’intercesseur. ↩︎




