بسم الله الرحمن الرحيم
Si le Prophète ﷺ scelle la prophétie, et que l’islam est donc la dernière religion (celle qu’ALLAH ﷻ agrée dans Son Livre), c’est qu’ALLAH ﷻ estime que les gens n’ont plus besoin qu’un homme en particulier incarne la guidance, le rappel, La Loi… : avec Muhammad ﷺ et le Qur’an, qui viennent clore des millénaires d’une prophétie incarnée par 124 000 prophètes (et jalonnée de 104 livres), ils ont désormais ce qu’il faut pour établir le lien direct avec ALLAH ﷻ : ils sont outillés.
C’est d’ailleurs ce qui explique que le Prophète ﷺ n’ait jamais officiellement désigné de successeur (matériel ou spirituel) ; et bien qu’il lui soit arrivé de recommander qu’on suive ʿAli رضي الله عنه, et qu’on lui obéisse, c’est en tant que membre de sa famille spirituelle : car si ʿAli est aussi un membre de sa famille de sang, il est surtout un membre des Ahl Al-Bayt qui sont sa descendance spirituelle (comprendre : les gens qui ont été créés directement de sa lumière, sans pour autant être de sa famille biologique).
Ainsi, suivre ʿAli رضي الله عنه, symboliquement, c’est suivre quelqu’un qui, à son instar, est directement créé de la lumière du Prophète ﷺ, et qui nous met en lien avec notre messager intérieur — et donc avec ALLAH ﷻ ; c’est donc suivre, soit un membre des Ahl Al-Bayt reconnu comme tel, soit un prophète qui est de fait un membre des Ahl Al-Bayt pour avoir été — comme tout prophète — directement créé de la lumière de Sayyidina Muhammad ﷺ (mais si tous les prophètes sont des Ahl Al-Bayt, tous les Ahl Al-Bayt ne sont pas nécessairement prophètes, et c’est le cas de ʿAli رضي الله عنه — mais aussi de Sayyidina Salman Al-Farisi رضي الله عنه).
Dans tous les cas, il s’agit de remonter à son messager intérieur (« Et sachez que Le Messager ﷺ d’ALLAH ﷻ est en vous… ») ; et pour ça, il convient de trouver le Walî de la lumière duquel on est créé, qui nous fera découvrir le prophète de tutelle du souffle duquel il a été créé et duquel on descend par lui — à moins qu’il n’ait lui-même été créé directement de la lumière du Prophète ﷺ ; car il se trouve que de nombreux Awliya sont eux-mêmes des Ahl Al-Bayt, qui permettent un lien direct avec Sayyidina Muhammad ﷺ — même si s’interpose entre eux et lui, dans le cadre d’une relation privilégiée, tel ou tel prophète dont l’apport spirituel leur aura permis de remonter à leur filiation avec Sayyidina Muhammad ﷺ, de l’identifier, de mieux la comprendre et d’en tirer le meilleur parti à des fins de prédication.
Donc, quand Sayyidina Muhammad ﷺ recommande de suivre Sayyidina ʿAli رضي الله عنه et de lui obéir, il ne s’agit pas tant de lui obéir (ainsi qu’à sa descendance biologique, comme font les Shi’ites) en tant qu’homme matériel dans le cadre d’une gouvernance terrestre, que de suivre assidûment sa voie spirituelle — et il existe un nombre incalculable de Turuq qui remontent à lui ; car ce suivi garantit le lien avec le Prophète ﷺ.
Mais s’il est notoire que Sayyidina ʿAli رضي الله عنه est un membre des Ahl Al-Bayt (même si, dans l’esprit des gens, c’est uniquement parce qu’il est de sa famille biologique, pas parce qu’il est créé de sa lumière), on ignore que Sayyidina Abu Bakr رضي الله عنه en est un également — et pas des moindres : il a même été créé par ALLAH ﷻ, en même temps que Sayyidina Muhammad ﷺ, comme son clone, sa doublure, son miroir destiné à opérer le transfert, de l’Akhira au Dunya, de sa lumière : c’est par Abu Bakr qu’elle se répand à l’humanité, par horizontalité, dans sa dimension exotérique, alors que lui-même la reçoit directement de Muhammad ﷺ, par verticalité, dans son cœur ; en d’autres termes, Abu Bakr est la cause, le vecteur de la transmission de l’islam à l’humanité, agissant un peu à l’image d’un relais électrique, transformant la lumière muhammadienne brute (que lui seul pouvait encaisser) en quelque chose d’intelligible pour les hommes.
Mais il est aussi, bien évidemment, une source de transmission spirituelle — d’où la voie qui découle de lui ; et si Muhammad ﷺ préconisait de suivre Sayyidina ʿAli رضي الله عنه, c’était comme autre que lui, dans la perspective de l’ « après lui » ; car Sayyidina Abu Bakr se confondait tellement avec lui qu’il l’oubliait d’une certaine manière — et c’était, à l’époque, comme s’il avait recommandé qu’on le suive, lui, Muhammad ﷺ, ce qui était une évidence ; mais les compagnons ne s’y sont pas trompés (qu’ALLAH ﷻ soit Satisfait d’eux tous et les agrée) et, conscients de sa nécessaire complémentarité avec Sayyidina Muhammad ﷺ, l’ont spontanément désigné comme Calife — même si certains auraient préféré Sayyidina ʿAli, mais ça n’était pas Le Plan d’ALLAH ﷻ pour un certain nombre de raisons qu’il serait trop long d’exposer ici : les choses devaient se dérouler comme elles se sont déroulées.
Mais la gouvernance matérielle et la guidance spirituelle sont deux choses ; et s’ils ont désigné Abu Bakr comme Calife, ça ne pouvait être, officiellement, que comme gouverneur des choses matérielles ; car depuis Muhammad ﷺ, il n’y avait plus de guide spirituel « officiel », explicitement envoyé par ALLAH ﷻ, et tous ceux qui désormais assumeraient cette fonction le feraient officieusement et dans le cadre d’un certain ésotérisme (d’ailleurs il était trop tôt pour que la dimension spirituelle d’Abu Bakr soit (re)connue : elle était encore occultée par le rayonnement de Sayyidina Muhammad ﷺ, et seuls les quelques initiés de l’époque qui héritaient de son secret, comme Salman ou son petit fils Qasim (qu’ALLAH ﷻ soit Satisfait d’eux et les agrée), connaissaient son Maqam (ce qui n’a pas empêché Sayyidina Salman رضي الله عنه de s’opposer au Califat d’Abu Bakr رضي الله عنه au décès du Prophète ﷺ).
Ainsi, quand Sayyidina Muhammad ﷺ recommande de suivre Sayyidina ʿAli رضي الله عنه, c’est comme s’il demandait de suivre Abu Bakr رضي الله عنه — ou Jésus, ou Moïse (la Paix soit sur eux), ou n’importe quel prophète : il demande de suivre quelqu’un des Ahl Al-Bayt qui a été créé de sa lumière, et qui fera remonter à lui, et donc à ALLAH ﷻ : il demande de suivre la voie initiatique qui consiste à trouver d’abord le Walî duquel on est créé, qui nous fera remonter à lui — directement si ce Walî est lui même des Ahl Al-Bayt, ou via le prophète du souffle duquel il est créé.
Mais il ne demande pas, comme le croient les Shi’ites, de suivre Sayyidina ʿAli et sa lignée de sang (qu’ALLAH ﷻ soit Satisfait d’eux tous et les agrée) comme des gouverneurs et des guides spirituels officiels (c’est-à-dire investis de cette autorité) ; car il incombe aux hommes, depuis le scellement de la prophétie, de prendre leur autonomie dans la spiritualité, dans le cheminement vers ALLAH ﷻ : ALLAH ﷻ leur a fait savoir qu’Il n’enverrait plus de messager après Muhammad ﷺ, et Il les a informés que, dans tous les cas, Son Messager ﷺ était en eux : autrement dit, il leur appartiendrait désormais de faire l’effort de chercher en eux Le Messager d’ALLAH ﷻ, de cheminer vers leur maître intérieur, car Il n’enverrait plus de messager « extérieur » — et ça signifie très clairement que ni ʿAli, ni Abu Bakr, ni personne d’autre n’a cette casquette de chef spirituel, car plus personne après Muhammad ﷺ n’est destiné à l’avoir, à l’exception (qui confirme la règle) de l’Imam Mahdi, et ce de manière très ponctuelle.
Quant-au pouvoir matériel, à la gouvernance des affaires du bas monde, il demeurerait ce qu’il avait été de tout temps — à quelques exceptions près : une affaire — parfaitement aléatoire — d’hommes et de passions ; d’ailleurs, on ne voit que trop bien que, après le Prophète ﷺ, le Califat n’a pas tenu plus de quatre représentants, et qu’il commençait déjà sérieusement à s’effriter du temps de Sayyidina Uthman رضي الله عنه du fait des passions humaines accompagnant inévitablement les enjeux de pouvoir terrestre : c’est que, comme on l’a déjà dit, il n’y avait plus de figure spirituelle « officielle », et la dimension spirituelle de Sayyidina ʿAli رضي الله عنه, pour relever du secret, de l’occulte, n’était pas reconnue (ALLAH ﷻ la voilait) ; ce qui a enlevé la crainte révérencielle du cœur de ses détracteurs qui, entraînés par leurs passions, n’ont pas vu en lui l’héritier spirituel du Prophète ﷺ, mais n’y ont vu qu’un homme parmi les hommes, et un obstacle au pouvoir matériel (on n’avait pas davantage vu, d’ailleurs, cette dimension d’héritier spirituel en Abu Bakr رضي الله عنه, même si on avait pressenti l’importance capitale de son rôle auprès du Prophète ﷺ dans la transmission de la religion, et qu’on lui avait pour cela attribué le Califat).





