بسم الله الرحمن الرحيم
Les Shuyukh de « représentation », s’ils sont des maîtres d’un bon niveau, des enseignants susceptibles d’initier, d’apporter les bases nécessaires du cheminement (les fondations), et qu’ils jouissent même d’un degré dans la sainteté, sont rarement les vrais maîtres, les grands maîtres (les saints ultimes de haut rang), qui sont cachés et qu’il faut aller chercher — un peu à l’image d’Al-Khidr (la Paix soit sur lui) ; et même ce dernier (qui reste un cas à part), s’il a dispensé un enseignement à Moïse (la Paix soit sur lui), n’a pas pour vocation première d’enseigner : il a dispensé un enseignement de circonstances, mais par sa rupture avec Moïse (face à l’impatience de ce dernier), il démontre qu’il n’a pas le temps de se consacrer à l’initiation d’un « novice » — car aussi extraordinaire que cela puisse paraître, Moïse, tout prophète et maître qu’il était, était bien un novice, en matière de spiritualité et de foi profonde, face au grand maître Al-Khidr.
C’est que la représentation, dont étaient chargés les prophètes hier, et qu’endossent certains Shuyukh aujourd’hui, si elle implique certaines qualités dont le charisme (en plus d’une science certaine), n’implique pas une réalisation parfaite et un degré spirituel des plus élevés — et c’est noyés dans la foule que se trouvent souvent ces hauts degrés, anonymes parmi les anonymes, et ce sont souvent des solitaires quand les autres sont extrêmement entourés et courtisés : c’est que leur rang relève du secret, du voilement, et qu’on n’accède à eux que par Permission d’ALLAH ﷻ, car il ne peuvent exercer leur magistère que dans la sérénité de l’intimité ; et ALLAH ﷻ les garde jalousement, et ne les « prête » qu’à une poignée d’élus destinés à les rejoindre ; et s’Il a permis à Moïse de cheminer brièvement aux côtés d’Al-Khidr, c’est pour lui montrer que son statut de prophète, aussi éminent fût-il, n’était qu’un statut de représentation, qu’il n’impliquait pas la maîtrise parfaite, et qu’il existait d’autres catégories de serviteurs, bien plus « pointus » et savants que les prophètes et les Awliya de représentation, qui ne sont là que pour enseigner les bases (c’est-à-dire « initier » au sens littéral), battre le rappel, et rassembler.
Et si ces derniers sont bien des enseignants d’un très bon niveau, des maîtres honorables comme on l’a déjà vu, et que cela leur confère même un rang dans la Wilaya, ils ne sont pas les maîtres ultimes ni des saints de haut rang — car il existe bel et bien une hiérarchie dans la sainteté : la plupart d’entre eux ne sont que des saints « mineurs », à titre honorifique (lié à leur fonction de représentation), mais ils n’ont pas atteint la perfection absolue, le degré d’Insan Al-Kamîl : il leur reste des degrés à franchir.
C’est pourquoi, comme on l’a déjà souligné, il ne faut pas confondre la maîtrise (qui correspond au degré de base de l’enseignant spirituel, de l’initiateur, généralement assorti d’un petit grade dans la Wilaya), avec la sainteté (qui correspond au degré de maître ultime, de grand saint parfaitement réalisé) ; mais, de par leur fonction de représentation et leur exposition, on voit toujours les premiers plus beaux qu’ils ne sont — ce qui permet en fait de faire diversion, et d’attirer la lumière sur eux en laissant les autres travailler sereinement, dans le secret, avec les vrais disciples guidés vers eux par ALLAH ﷻ (quand les autres s’agglutinent autour du Shaykh de représentation, qu’ils finissent invariablement par idolâtrer : ceux-là ne peuvent pas, et ne doivent pas connaître le « vrai » maître — le grand saint qui leur reste voilé, et dont ils ne soupçonnent même pas l’existence, éblouis qu’ils sont par le Shaykh de représentation).





