بسم الله الرحمن الرحيم
Nous avons beaucoup parlé, dans nos derniers articles, du Waswas émanant du Shayt du corps adamique ; nous avons évoqué le jeu d’influence réciproque qui s’engageait entre le Shayt du corps et le Jinni, précisant même que le Jinni avait plutôt vocation à mener la danse comme tête de l’attelage — mais sans vraiment aborder la question du Shayt du Jinni.
Car il existe bien deux formes de Shayt :
- Le Shayt du corps, qui tend à entraîner Nafs vers les seules préoccupations de la vie matérielle — et on a vu que le Jinni ne se faisait pas trop prier pour le suivre, par son atavisme iblisien et sa propension naturelle à inciter au mal et à la rébellion (pour les Jinn descendant d’Iblis) ; et même le Jinni des prophètes (et donc des croyants de même lignée), on l’a vu précédemment, est susceptible de succomber à son influence ; à la base, l’ego primaire (l’ego des besoins biologiques élémentaires, qui tend à satisfaire le corps mais pas l’image, pas la conscience de soi) relève de ce Shayt — mais alors à son niveau le plus bas qui procède de l’instinct animal (l’ego primaire, c’est vraiment l’ego du nourrisson qui ressent la faim, qui a sommeil, mais au diapason du biologique, sans la moindre notion de jouissance personnelle : dès qu’y rentre la moindre notion de profit, de plaisir, on bascule dans l’ego secondaire).
- Le Shayt du Jinni, tout aussi redoutable — voire plus : car si c’est bien le Shayt du corps qui a causé la dégradation d’Adam par l’épisode dit (à tort) « du fruit défendu », en lui faisant découvrir sa matérialité (c’est-à-dire en le déshabillant de sa spiritualité par la prise de conscience de sa matérialité/nudité exposée), c’est en revanche le Shayt du Jinni qui a causé la déchéance d’Iblis ; ou plutôt, c’est l’orgueil de l’ange Iblis qui a causé sa chute et généré le Shayt du Jinni Iblis, car avant cet épisode il n’avait pas de Shayt à proprement parler ; c’est bien cette manifestation isolée et spontanée, cette bouffée d’orgueil, qui a incrusté ce Shayt comme un pet laisse une trace persistante au fond d’un caleçon (pour utiliser une image certes inélégante mais parlante) : au-delà du mal s’est ancré le principe du mal (comme un chien qui a mordu pour la première fois garde le goût du sang), et c’est ce Shayt, apparu comme un furoncle ou un herpès, qui a automatiquement fait de l’ange un Jinni (car le Shayt est l’attribut du Jinni, pas de l’ange) ; et c’est ainsi que, dès lors qu’il a manifesté de l’orgueil, Iblis est instantanément passé du rang d’ange à celui de Jinni pourvu d’un Shayt — inaugurant même aussitôt ce Shayt tout neuf : car sitôt après avoir manifesté l’orgueil originel et le refus de se prosterner, il a enchaîné par sa profession de foi satanique en déclarant solennellement son intention d’égarer les hommes — et c’est là pure manifestation, à part entière, du Shayt jinnique ; on peut synthétiser tout cet enchaînement et ce processus par une formule, qui résume le passage de l’ange au Jinni via l’orgueil et le Shayt : {ange + orgueil} = Shayt = Jinni ; on rajoutera que l’ego secondaire (l’ego de l’image et de la conscience de soi qui génère l’orgueil, le narcissisme, le mépris, la psychopathie…) relève pleinement de ce Shayt, et quand il se combine avec le Shayt du corps pour transformer un besoin physiologique élémentaire en source de jouissance, centrant l’intention sur le seul plaisir ramené au soi conscient, il dépasse le Shayt du corps en termes d’influence, et l’emporte et le noie dans son volume comme un torrent absorbe une goutte d’eau — même si c’est la multiplicité des gouttes qui nourrit et enfle le torrent.
Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que le Shayt du corps va inciter Nafs à tous les vices et péchés matériels qui s’éprouvent via les sens (comme la fornication, la gourmandise, la passion des biens matériels dont on jouit avec le corps…) — et c’est là la tyrannie du corps ; et que le Shayt du Jinni va entraîner Nafs dans tous les travers d’ordre psychologique (orgueil, jalousie, mépris, mégalomanie, avidité de pouvoir et de contrôle, fantasmes…) — et c’est là la tyrannie de l’esprit, du mental.
Par ailleurs, on a déjà vu qu’ALLAH ﷻ faisait la distinction entre le Waswas des hommes et celui des Jinn, et que le premier se manifestait par des moyens matériels/physiques « extérieurs » (comme la parole, ou l’écrit, ou une gestuelle…), quand le second se manifestait par des voix dans le for intérieur ; mais il peut s’agir, plus prosaïquement, du Waswas émanant du Shayt du corps d’une part, et de celui émanant du Shayt du Jinni d’autre part — d’autant que le Waswas du Jinni peut se concrétiser en actes matériels, quand le Waswas du corps peut se ressentir très profondément dans la chair avec une forte suggestion/incitation intérieure mais sans passage à l’acte ni signe extérieur (comme une pulsion refoulée).
Et quand ALLAH ﷻ parle du Waswas de Nafs — de l’âme (50:16 : « Et Nous savons ce que son âme lui suggère ») —, Il englobe et confond les deux Wasawis (celui émanant du Shayt du corps et celui émanant du Shayt du Jinni — le corps et le Jinni étant, on le rappelle une fois de plus, les deux composantes du couple Nafs) ; nous reviendrons sur ce Shayt globalisé en fin d’article.
Quoiqu’il en soit, c’est souvent l’intention plus ou moins apparente qui permet de déterminer la source d’un Waswas (corps ou Jinni), quelle que soit sa façon de se manifester, extérieure ou intérieure (même si la manifestation intérieure d’un Waswas n’est pas perceptible par tout le monde) : un Waswas qui exprime clairement (ou même de façon détournée) une intention de perdre, d’égarer, de plonger dans l’oubli d’ALLAH ﷻ, d’écarter du droit chemin, signe là son origine jinnique, car il relève directement de l’intention et même de la profession de foi iblisienne ; un Waswas qui n’a pas d’autre souci que de satisfaire le corps juste pour satisfaire le corps — sans autre intention, sans arrière pensée — procède du Shayt du corps.
Le Shayt du Jinni se manifeste aussi par un imaginaire délirant, transgressif, provocateur, qui donne lieu à des passages à l’acte dans le monde matériel — qu’il s’agisse de productions à prétention artistique ou d’actes criminels (là, c’est clairement le Shayt du Jinni qui influence le corps, et même qui se sert de lui, mais d’une manière générale, les deux interagissent et se complètent).
Le Jinni hérite donc du Shayt du corps qui l’influence, mais il arrive aussi avec son propre Shayt qui influence le corps ; sur le même principe, il hérite du Ruh « du corps » qui confère la faculté de parler à ALLAH ﷻ, même s’il a déjà cette faculté — et on parle ici du Jinni des pieux ; car le Jinni des mécréants a hérité, de son ancêtre Iblis relégué au rang de « Jinni d’animal », de la privation de cette faculté — qu’il recouvre toutefois, mais partiellement, avec le Ruh du corps adamique : c’est qu’en raison de sa nature rebelle, ALLAH ﷻ le voile de Sa Réalité, et le réduit à une conscience négative du Divin par quoi il ne juge pas utile ou pertinent — et c’est une litote — de s’adresser à ALLAH ﷻ, Auquel — déclare-t-il avec suffisance — il ne croit pas ; ce qui ne l’empêche pas, cependant, de L’évoquer pour dire qu’il n’Y croit pas — et c’est là, typiquement, la conscience négative du Divin répandue chez les mécréants : à les entendre, personne ne croit en ALLAH ﷻ (Qui n’est que mythe, affabulation, superstition), mais tout le monde En parle ! Et que dire de celui qui s’adresse directement à LUI pour LUI dire qu’il va entraver Son Chemin ???
Quoiqu’il en soit, le Shayt, dans sa globalité, est une force d’autant plus puissante que double, dont les deux aspects (jinnique et corporel) se combinent et se complètent « efficacement » — comme la tête et les jambes — pour entraîner Nafs dans l’abîme, pouvant emmener l’homme très loin dans le mal et en faire un Shaytan accompli (le Shaytan étant une Nafs intégralement soumise au double Shayt — et c’est bien là ce qu’on appelle An-Nafsu Al-Ammara bi As-Su’i, l’âme instigatrice du mal dans toute sa splendeur qui végète au plus bas du cœur) : c’est lui qui est la cause des plus grands abus, des plus grandes perversions, des pires horreurs (et on pense, en cette période de révélations sur les turpitudes des « élites » — ces faibles soumis au double Shayt qui se croient forts et même puissants —, à tous ces sévices sur les enfants, ces crimes ritualisés où se mêlent viol, torture, meurtre, cannibalisme…) ; et comme il n’y a de force et de puissance que par ALLAH ﷻ, son pouvoir est proportionnel à La Volonté d’ALLAH ﷻ d’égarer quiconque LUI tourne le dos, et se jette avec insolence dans la désobéissance la plus débridée ; et comme ALLAH ﷻ contrôle le double Shayt et règle son intensité (comme on règle un thermostat), Il l’enchaîne en Ramadan — mais seulement celui des croyants, pour qu’ils ne soient que sous l’influence de Ruh ; car, on l’aura bien remarqué, celui des mécréants rebelles continue quant-à lui de se déchaîner, pour le pire et pour le pire…





