بسم الله الرحمن الرحيم
Certes, ALLAH ﷻ est Pardonneur et Miséricordieux ; mais il est une chose qui peut faire obstacle au Pardon d’ALLAH ﷻ : le refus des hommes de pardonner aux hommes ; car dans les affaires des hommes, La Règle d’ALLAH ﷻ, c’est d’éviter toute ingérence : si ALLAH ﷻ pardonne volontiers les péchés envers LUI1, Il n’efface pas l’ardoise au nom des hommes sans leur consentement, car ça serait faire fi du libre arbitre qu’Il leur a donné et Se contredire — or, ALLAH ﷻ ne Se contredit pas : il est Le Juste et observe scrupuleusement Ses Règles et Ses Serments ; et la victime du péché pourrait éprouver un sentiment d’injustice envers ALLAH ﷻ — cette profonde amertume qu’on ressent quand on voit quelqu’un qui nous a fait un mal réel jouir d’une impunité outrageuse et s’en tirer à bon compte.
Ainsi, c’est aux hommes qu’il appartient de pardonner aux hommes — et si ce pardon est pour ALLAH ﷻ, pour Sa Face (pas par ego, avec condescendance, juste pour se flatter d’être magnanime), ALLAH ﷻ non seulement pardonne, à Son Tour, à celui qui a commis un péché envers l’autre, mais encore accorde-t-Il à la victime du péché (au pardonneur fî sabîli ALLAH ﷻ) un grand et beau pardon général : « Puisque tu as su te montrer pardonneur et miséricordieux pour Moi, pour Ma Satisfaction, je me montrerai encore plus Pardonneur et Miséricordieux à ton égard !»
Cela peut paraître évident, mais le pardon sincère pour ALLAH ﷻ — accordé avec humilité et une conscience aiguë de Sa Présence, avec le sentiment prégnant et permanent de Son Regard, de Son Attention — est une des choses les plus difficiles qui exige un degré spirituel des plus élevés ; et si on n’a pas cette capacité de pardon, et qu’en toute légitimité on ne pardonne pas à l’auteur d’un préjudice réel, non seulement ALLAH ﷻ ne lui pardonne pas davantage, mais encore lui inflige-t-Il un châtiment proportionné : Il Se calque tout simplement sur la position de Son Serviteur fondé à obtenir justice de Sa Part.
Mais il « coûte » à ALLAH ﷻ d’avoir à rendre une justice intransigeante, et d’avoir à châtier, car Il est Enclin au pardon et AIME pardonner : donc, si on prétend aimer vraiment ALLAH ﷻ et qu’on veut LUI faire plaisir, il convient d’aimer ce qu’Il aime et de s’efforcer de pardonner à son prochain : cela LUI permet d’accorder à Son Tour Son Pardon, et Le réjouit au plus haut point2.
Mais le plus haut degré de pardon (plus haut encore que le pardon accordé par crainte d’ALLAH ﷻ), c’est quand, éteint en ALLAH ﷻ, on est spontanément capable de pardonner à celui qui nous cause un tort — car c’est LUI en fait Qui Se manifeste à la place de notre Nafs, et c’est donc LUI Qui pardonne par Son Serviteur Interposé : il n’y a plus de Nafs offensée, plus de blessure narcissique, on ne ressent plus que pitié et miséricorde pour celui qui se cause ainsi du tort à lui-même, et on s’empresse de lui pardonner sans se poser de questions.
La satisfaction à l’égard des enfants repose sur le même principe : ALLAH ﷻ ne saurait être satisfait d’enfants dont les propres parents ne le sont pas — car c’est un privilège régalien qu’Il leur a accordé de dispenser leur satisfaction à leurs enfants : c’est ainsi que la satisfaction des parents précède La Satisfaction d’ALLAH ﷻ — par La Volonté d’ALLAH ﷻ ; et ALLAH ﷻ n’est Satisfait des enfants, que si leurs parents le sont.
Les relations interpersonnelles sont donc loin d’être anodines : la foi ne consiste pas seulement à se tourner vers ALLAH ﷻ, et à adorer ALLAH ﷻ en négligeant les hommes ; bien au contraire, il convient d’être particulièrement vigilant dans les intentions et les réactions à leur égard, car de ces intentions et réactions dépend Le Jugement d’ALLAH ﷻ, tant à l’égard des autres qu’à notre égard : ainsi doit-on apprendre à pardonner aux autres, uniquement pour qu’ALLAH ﷻ puisse leur pardonner à Son Tour — et il n’y a pas d’autre intention viable, car c’est ce qu’Il aime et qu’Il attend de notre part : « Pardonne à ton prochain, quel que soit le tort qu’il t’a causé, pour que Je puisse exercer Mon Pardon et Ma Miséricorde, non seulement sur lui, mais aussi sur toi ! » ; et de la même manière qu’on doit ainsi aimer ce qu’Il aime, qu’on doit aimer pardonner parce qu’Il aime pardonner, on se doit de détester et condamner les comportements blâmables, non pas pour nous et pour le tort qu’ils peuvent causer à nos Anfus, mais juste parce qu’Il les déteste et les condamne : car, tant dans l’amour que dans la détestation, tant dans le pardon que dans la condamnation, on ne regarde que LUI, et on n’agit qu’en fonction de LUI.
Car il n’y a que LUI.
- Sauf le Shirk et le Ghafla — mais c’est le Ghafla qui entraîne le Shirk, car la Muraqaba évite de tomber dans l’associationnisme inconscient qui est le plus courant et le plus dévastateur ; et l’exemple le plus édifiant reste l’idolâtrie à l’égard des prophètes et des Shuyukh : en croyant adorer ALLAH ﷻ à travers Ses Éminents Serviteurs, on ne se rend même pas compte qu’on est tombé dans leur adoration la plus caricaturale (et donc dans le Shirk), car on a tout simplement perdu de vue Le Créateur au profit de Ses Créatures — fussent-elles de haut rang — à force de se focaliser dessus ; tout est affaire de nuance, et si on ne s’efforce pas à cette vigilance permanente qui permet de se remettre en question à chaque instant (« Mon adoration est-elle bien dirigée, bien orientée vers son Objet Légitime ? »), on plonge. ↩︎
- Les parents connaissent bien ce sentiment : il n’est rien qui leur brise plus le cœur que de voir leurs enfants se déchirer et entretenir la rancune entre eux, et rien qui les réjouit davantage que de les voir se réconcilier et se pardonner. ↩︎




