بسم الله الرحمن الرحيم
On pourrait croire que le Malakut, par son nom, serait la dimension des anges1 ; or, s’il est vrai que les anges y circulent, il est plutôt la dimension des Jinn — c’est-à-dire celle qu’ils ne dépassent pas, où ils résident ; les anges, eux, circulent certes dans le Malakut, mais leur dimension plafond (et donc de référence) est le Jabarut ; le mot Malakut appliqué à la dimension des Jinn renvoie tout de même à leur essence angélique2.
Donc, le Malakut est la dimension des Jinn : des Jinn éthérés, bien sûr, qui ont aussi un accès partiel et conditionné à la dimension des hommes ; mais aussi des Jinn incorporés, dont la dimension principale est certes le Nasut, mais qui disposent d’un accès (certes restreint et conditionné) au Malakut3.
Le Malakut est aussi le lieu où l’arbre Zaqqum, au premier ciel, déploie ses branches et offre ses fruits malsains — ces fruits qui sont « comme des têtes de diables »4 : enraciné dans l’enfer (« C’est un arbre qui sort du fond de la fournaise»), il y ramène (« Puis leur retour sera vers la fournaise ») par la consommation délibérée de ces fruits à têtes de diables — comme il a dégradé Adam5 qui, sous l’influence de son Shayt, a mangé de cet arbre : car c’est bien de cet arbre maudit Zaqqum qu’a pris Adam — cet arbre qui met à la disposition des hommes, en autant de fruits, tous les mauvais choix qu’ils seront susceptibles de faire dans leurs vies ; aussi, libre à eux de cueillir ces fruits et d’y croquer, ou de les ignorer et de les laisser pendre aux branches ; et de croquer, à la place, dans les fruits du Sidrat Al-Muntaha, qui eux représentent les bons choix de piété — ce qui implique d’élever son esprit jusqu’au septième ciel6, quand les fruits maudits de Zaqqum sont accessibles au premier, avec des « excroissances » dans le Nasut (il s’agit en fait — nous renvoyons à la note 4 — des Shayatin humains qui transportent et amènent le pollen des fleurs de l’arbre Zaqqum).
Le premier ciel du Malakut, par la présence de l’arbre Zaqqum et de tous les Jinn malveillants qui y évoluent, est donc une zone polluée, infestée, dangereuse — et c’est pourquoi toutes ces entreprises qui visent à s’y avancer un peu trop avec l’intention claire de commercer avec les « esprits » et les « démons » (comme le spiritisme ou le Ouija) sont si périlleuses ; mais c’est surtout la zone où Nafs est le plus souvent amenée à faire ses choix, à prendre ses décisions dans le cadre des situations du quotidien : car si elle n’est pas un peu élevée, avec un certain degré de foi7, il y a de grandes chances pour qu’elle y stagne et opte pour les fruits de Zaqqum, ou « les fruits du moindre mal »8 ; et si Nafs prend sa décision dans le Nasut, en se reposant sur l’avis d’un tiers, il y a de fortes chances pour qu’elle se fasse influencer (guidée par son propre Shayt), par une de ces « excroissances » matérielles de l’arbre évoquées plus haut.
Mais ce qu’il faut retenir, surtout, c’est que le Malakut, bien que « ciel », n’est pas pour autant une dimension totalement saine — ne serait-ce que par son premier ciel : ça n’est pas parce que l’esprit s’y élève (soit partiellement par la réflexion ou la méditation, soit totalement par le rêve, l’hypnose, ou toute pratique médiumnique douteuse) qu’il se rapproche immédiatement d’ALLAH ﷻ — bien au contraire : car il pénètre d’abord dans le monde de l’arbre Zaqqum et des Shayatin parmi les Jinn, qui l’éloignent d’ALLAH ﷻ, et il lui faut vraiment dépasser cette « banlieue » malsaine du premier ciel, par une pratique intensive du Dhikr, pour s’élever dans les autres cieux, voire au Jabarut où seuls les anges évoluent ; et idéalement être accompagné par son Murshid, via la Rabita, pour être immunisé lors de la traversée de cette banlieue malfamée.
- L’ange, en arabe, est Al-Malāk (pluriel : Al-Malāʾika). ↩︎
- Nous rappelons que les Jinn sont dérivés des anges mineurs créés du troisième état de la lumière muhammadienne, l’état de crainte. ↩︎
- Les Jinn incorporés, par le corps-même, sont prisonniers du Nasut — et on ne parle pas ici des Jinn des animaux qui coiffent quant-à eux Nasut et Malakut ; mais, par le rêve, ou l’hypnose, ou la méditation, ils peuvent, en se détachant momentanément du corps, revenir au Malakut — mais avec un niveau de conscience moindre impliquant une mémorisation altérée ; ils accèdent parfaitement, en revanche, à la dimension imaginaire Al-Mithal qui est celle de la rêverie, de la création artistique, du fantasme éveillés avec un niveau de pleine conscience. ↩︎
- Les têtes de diables ne représentent pas les Shayatin à proprement parler, mais les mauvais choix — auxquels ils vont inciter — à leurs effigies (comme leurs miroirs) : la couleur est ainsi annoncée, et nul ne peut ignorer, de la sorte, qu’il s’agit de mauvais choix diaboliques et blâmables ; quant-aux diables incitateurs (qu’il s’agisse de Jinn des Anfus, ou de Jinn éthérés, ou de Jinn des deux sortes agissant conjointement), ils sont un peu comme des insectes pollinisateurs qui transportent le mal des fleurs de l’arbre Zaqqum aux Anfus des hommes. ↩︎
- Le retour à la fournaise est graduel, et le monde matériel en est l’étape intermédiaire : le « point mort » entre ces vitesses de marche avant que sont les étapes du cheminement de retour à ALLAH ﷻ, et la marche arrière qu’est la chute vers l’enfer. ↩︎
- Sans être au Maqam du Sidrat Al-Muntaha, n’importe quelle âme de croyant peut s’y élever dans le cadre d’états ponctuels — et on dit bien : les âmes des croyants, car il y a très peu de chances que les âmes qui ont délibérément tourné le dos à ALLAH ﷻ s’élèvent à ce niveau pour faire des choix de pitié (comprendre : des choix POUR LA FACE D’ALLAH ﷻ, avec cette Niya) ; et s’il arrive aux mécréants de faire de « bonnes actions », il ne s’agit pas vraiment de bonnes actions au sens où Shariʿa l’entend (dans la mesure où il n’y a pas l’intention expresse d’agir pour ALLAH ﷻ), mais d’actes neutres — et nous y reviendrons. ↩︎
- Toute introspection aux fins de décision, qui implique un relatif détachement du corps, se fait dans le Ghayb (on décide généralement « dans son for intérieur », « en son âme et conscience ») : à minima en surface du Malakut, et à maxima — pour qui Y a accès — dans Les Domaines Divins. ↩︎
- Il s’agit de toutes ces décisions intermédiaires qui ne relèvent pas de la transgression et qui vont plutôt dans le bon sens (dans le sens du bien), mais qui ne sont pas prises pour ALLAH ﷻ — et là est toute la nuance entre une bonne action décidée par simple bonté ou pitié, et la même action mais décidée pour ALLAH ﷻ, pour La Face d’ALLAH ﷻ, pour La Satisfaction d’ALLAH ﷻ : si la première n’entraîne pas de péché, elle n’entraîne pas non plus de Hasana, car il ne s’agit pas à proprement parler d’un acte de piété, d’un acte de foi. ↩︎



