بسم الله الرحمن الرحيم
Si les Sahaba ont un statut particulier, en islam, par leur proximité physique immédiate avec le Prophète ﷺ, il convient toutefois de ne pas tomber dans ce travers qui consiste à en faire des êtres intouchables, parfaits et exempts de tout reproche (ce qui reviendrait à les diviniser et donc à les idolâtrer), car ils restent des humains faibles et faillibles, et leur histoire regorge d’exemples de leurs défaillances.
En outre, ils n’ont pas tous le même rang devant ALLAH ﷻ, et si nombre d’entre eux sont d’authentiques Awliya jouissant de degrés spirituels parmi les plus élevés, d’autres sont de simples croyants pas plus élevés spirituellement que la plupart des musulmans qu’on croise de nos jours dans les mosquées.
Ainsi, le mythe des pieux prédécesseurs, qui se fonde sur le cliché du « c’était mieux avant », est ni plus ni moins qu’une vue doctrinale sans réel fondement ; et la vraie raison pour laquelle on doit observer à l’égard des Sahaba la plus grande politesse et le plus grand respect, est qu’ils ont eu avec le Prophète ﷺ des échanges sensibles — qu’il leur a parlé et qu’ils lui ont parlé, qu’il les a touchés et qu’ils l’ont touché, qu’il les a vus et qu’ils l’ont vu…
Et surtout, qu’ils ont choisi de le suivre à une époque où cela revenait quasiment à signer son arrêt de mort (sociale sinon physique), et que pour cette raison il les a aimés : c’est pourquoi, aussi imparfaits qu’ils puissent être pour certains, le croyant (qui se doit d’aimer ce qu’aime le Prophète ﷺ) n’a pas le droit de les mépriser ou juger, ou à leur préférer ostensiblement les membres de la famille de sang de Sayyidina Muhammad ﷺ.
Mais il ne s’agit pas pour autant de tomber dans l’extrême inverse, qui consiste donc à les vénérer comme des dieux qu’ils ne sont pas ; et cela implique d’être en capacité de garder sur eux un regard distancié, objectif et critique, duquel on doit pouvoir tirer un enseignement : car tout comme on apprend de ses propres erreurs, on doit pouvoir apprendre de celles de ses aînés — fussent-ils des compagnons directs du meilleur des hommes.


