بسم الله الرحمن الرحيم
On constate dans le Qur’an qu’Iblis, ange dégradé au rang de Jinni, a le libre arbitre (vu qu’il refuse de se prosterner), et qu’il est orgueilleux (« Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu ! ») : on retient donc, d’une part, que le le libre arbitre est une caractéristique à part entière du degré angélique ; et d’autre part, que l’ange est faillible et susceptible de déchéance, par l’exercice-même de son libre arbitre (un ange peut donc faire de très mauvais choix !) ; enfin, que le degré de Jinni est le degré d’un ange souillé d’orgueil — mais aussi, très probablement, de tout un ensemble de tares du même registre, comme la jalousie par exemple ; et ce sont ces tares qui, sitôt leur survenance, rabaissent instantanément l’ange au rang de Jinni ; cette différence de degrés fait que les anges évoluent à un plan donné, et que les Jinn évoluent à un autre — inférieur.
Quoiqu’il en soit, on comprend que le Jinni, comme descendant d’Iblis1, dans sa relation maritale avec le corps adamique (relation qui constitue le couple Nafs), est plutôt le « méchant » qui a juré d’obstruer Le Chemin d’ALLAH ﷻ ; et que le corps adamique, donc, comme dépositaire du Ruh, est plutôt le « gentil » devant lequel se sont prosternés — à l’exception d’Iblis — les anges (et par « prosternés », il faut comprendre le sens matériel qu’on connaît déjà, mais aussi le sens spirituel, qui se vérifie étymologiquement, « d’écouter avec l’intention de suivre »).
C’est un peu plus compliqué que ça : si en effet le Jinni est bien le moteur du couple, qu’il donne l’impulsion en général, et l’impulsion maléfique en particulier sous l’effet de son propre Shayt2, le corps adamique n’est pas exempt non plus de sa part d’ombre et de l’insufflation à Nafs du mal : en effet, le corps, issu d’une matière impure, d’argile sale, porte en lui, comme autant de résidus, les germes de sa corruption (un peu comme un dépôt malodorant de tout ce que peut produire le corps en matière de fluides et sécrétions) — ce qui se traduit par le Shayt du corps, cet agent pathogène qui attire à lui, qui appelle au mal de la matière (le mal appelle le mal, la m… attire la m…).
À l’origine, dès le plus jeune âge, le corps exprime des besoins biologiques vitaux — mais encore relativement sains car ils ne recouvrent pas d’intention perverse ; à la longue, cela va toutefois titiller le Shayt du Jinni toujours à l’affût, exacerber son penchant naturel à l’outrance et à la transgression, le pousser à chercher le mal par cette voie du corps — et c’est ainsi qu’il va réveiller le Shayt du corps (ce virus en sommeil dans le sang), à force de remuer la m… : en d’autres termes, il va faire remonter les odeurs et encourager le Shayt du corps à toujours plus se manifester, l’inciter à l’escalade — et c’est ainsi que ce qui n’était que besoin de s’alimenter pour survivre devient gourmandise, ce qui n’était que besoin de dormir pour se régénérer devient paresse, ce qui n’était que besoin de s’accoupler pour se reproduire devient obsession sexuelle…
Ainsi, autant le Shayt du Jinni, par son action délétère, va exacerber les besoins biologiques, autant le Shayt du corps va davantage encore stimuler, exciter et corrompre un Shayt jinnique déjà bien tordu : en fait, corps adamique et Jinni se nourrissent réciproquement dans le mal via leur Shayt respectif, même si l’action du corps est plus passive que celle du Jinni dans Nafs (le corps suit mais, par son enthousiasme et à l’aide de ses propres « arguments », il encourage vraiment le Jinni dans son intention malsaine atavique).
Avec une Nafs ainsi plombée, théâtre des gesticulations du double Shayt, on est vraiment là dans un schéma de couple traditionnel, dans une relation d’interactions complexes faite à la fois d’influence réciproque et de contre-influence, d’ambivalence et de complicité — d’où les tiraillements et conflits intérieurs fréquents au milieu des (rares) moments de paix et d’équilibre : car parfois le Shayt du corps a envie mais pas celui du Jinni, parfois c’est l’inverse — et il faut vraiment que les deux (le corps adamique et le Jinni) soient sur la même longueur d’ondes pour que Nafs affiche une apparence d’unité, que ce soit en bien ou en mal (on voit alors soit un Shaytan accompli, soit un saint lumineux — le saint étant le mariage d’un corps totalement purifié avec un Jinni élevé au plan angélique voire au-delà).
On a donc vu que Jinni et ange correspondaient à des degrés spirituels, et donc à des « étages » cosmologiques différents : ainsi, la scène du bannissement d’Iblis, qui le voit passer du grade d’ange au grade, non pas de simple Jinni, mais de Jinni rebelle (donc, de Shaytan), le voit en réalité passer, sans transition, du Jabarut à l’enfer.
Quant-à sa descendance, destinée à recevoir la descendance d’Adam (comme une prison mentale, un enfermement inversé — car en réalité ça n’est pas le corps adamique qui reçoit l’esprit jinnique mais le contraire), ALLAH ﷻ lui laisse le bénéfice du doute, à l’appui de son libre arbitre, et la cantonne au jardin des hommes, le Nasut, où tout est permis en termes de cheminement et d’évolution
Quant-à la scène ou Adam « mange de l’arbre », elle ne se déroule ni dans un jardin céleste, ni dans un jardin terrestre, mais dans un jardin intermédiaire du Malakut — comprendre : un degré spirituel où les sensations de faim, de soif, de chaud sont absentes — où ALLAH ﷻ en épargne les résidents ; et quand il est dégradé, c’est pour aller à l’étage inférieur (le Nasut, donc) où on ressent bien ces sensations liées à la matière — et là on comprend bien qu’on est vraiment arrivé sur terre, au ras des pâquerettes, dans le monde matériel, avec tout ce que cela implique en termes d’aléas ; et avec la menace permanente, surtout, de descendre à la cave avec les rats — car si on tombe plus bas, c’est directement le vide sanitaire, les bas fonds, l’enfer : le Jahannam.
1 On fait volontairement abstraction, dans cet article, de cette autre catégorie de Jinn que forment les Jinn des pieux, issus du souffle des Jinn des prophètes (quand les Jinn des mécréants, descendants d’Iblis, sont dérivés, dans leur essence, des anges mineurs) ; on reviendra dans d’autres articles sur cette catégorie des Jinn des pieux, mais pour l’heure, on considère la généralité, et on part du principe que les Jinn qui composent Nafs (avec le corps) sont tous des descendants d’Iblis, du fond rebelle duquel ils ont hérité.
2 Mais pas que : il peut aussi engendrer l’intention du retour vers ALLAH ﷻ, car les Jinn descendent, on le rappelle, d’un ange qui était proche d’ALLAH ﷻ avant l’épisode adamique, et ils peuvent en conserver une certaine nostalgie par lointain atavisme — surtout s’ils sont sensibles à l’influence du Ruh dont ils héritent avec le corps adamique.





