بسم الله الرحمن الرحيم
L’humain est un être compliqué par les facteurs multiples qui le composent : corps, Jinni, Nafs, Shayt, Ruh… C’est pourquoi il ne peut être homogène, uni, unifié : toutes ces composantes sont autant de forces qui s’opposent en lui et créent des tensions, des conflits intérieurs ; et remettre tout cela en ordre de façon à n’être gouverné que par UNE force, avec l’harmonie que ça implique, demande d’une part une certaine connaissance de cette horlogerie intérieure, et d’autre part un long travail — et la durée est un facteur incontournable, car c’est elle qui fait le cheminement : le processus, en soi, n’est pas bien compliqué, mais il faut surtout avoir la patience, une fois qu’il est en place, de le laisser se dérouler conformément au temps décrété par ALLAH ﷻ.
Car chaque chose a son temps, comme le dit souvent notre maître Abdulaziz Al-Amghari — ALLAH ﷻ soit Satisfait de lui.
On s’épargnera ici les premières étapes de la mise en place de la personnalité — et par « mise en place » on entend la mise en présence chaotique (car il s’agit bien d’ « organiser le chaos ») de toutes les forces et composantes internes : inutile de revenir sur l’état initial de Fitra, et ce qui fait qu’il s’est inévitablement corrompu — il s’agit simplement de comprendre que cette corruption, programmée, devait inéluctablement arriver.
Nous partirons donc, dans le cadre de cette étude sommaire, d’une personnalité arrivée « à maturité » — c’est-à-dire forte de son plein potentiel de chaos : un Shayt en-bas du cœur qui incite à la désobéissance, au péché, aux mauvaises actions ; L’Esprit Divin en-haut qui incite via Ruh (qui n’est qu’un canal) au retour à ALLAH ﷻ et aux bonnes actions ; une Nafs entre deux résultant de l’union entre un corps adamique et un Jinni Qarîn iblisien attitré.
Shayt et L’Esprit Divin sont les deux pôles invariables (pôle Sud et pôle Nord) ; Nafs est la variable, qui oscille de l’un à l’autre sur une échelle graduée de sept degrés — sept stations marquant son niveau spirituel, du plus bas (An-Nafsu Al-Ammara Bi As-Su’i) au plus haut (An-Nafsu Al-Kamîla).
On part toujours du plus haut degré (qui correspond à la Fitra), à la prime enfance, pour vite retomber au plus bas (qui correspond à la seconde nature) — et c’est généralement à l’adolescence que se produit la chute programmée, car les hormones de la puberté sont pour le Shayt l’occasion d’un irrésistible appel à la matière, aux sens, auquel Nafs ne sera pas insensible, et qui ne la verra pas résister à moins d’une solide éducation religieuse ; et tout l’enjeu de la vie consistera, une fois la chute effectuée, à remonter à l’état de pureté originelle, à l’état de Fitra — et c’est loin d’être gagné, car il faut déjà prendre conscience de, et accepter cette nécessité vitale, existentielle, de retour à ALLAH ﷻ.
Quoiqu’il en soit, l’âme est vouée à se fixer à un degré, pour une période plus ou moins longue : parfois elle y reste toute sa vie (et c’est le plus souvent au degré de l’âme instigatrice du mal qu’elle bloque, même si ça n’est pas forcément au stade ultime de Shaytan — car ce degré est lui-même divisé en paliers), parfois elle grimpe d’un ou plusieurs degrés — et c’est le même principe que les grades à l’armée : soit on n’est pas très méritant et on reste homme du rang tout sa vie, soit on est motivé, fort de l’intention d’évoluer, persévérant dans l’effort, et on franchit tous les grades successifs pour finir maréchal.
Mais le principe de la fixation momentanée à un degré déterminé — qu’elle s’éternise ou qu’elle soit très provisoire — est fondamental à comprendre : le cheminement fonctionne par étapes, et le propre de l’étape est l’arrêt marqué.
S’il ne s’agissait que de cela, tout irait bien ; mais c’est un peu plus compliqué, car l’homme fixé à un degré peut très bien avoir des attachements qui l’attirent vers un autre totalement opposé : prenons le cas extrême d’un tueur en série, qu’on peut qualifier de Shaytan car sa Nafs est totalement sous l’emprise maléfique de son Shayt qui la maintient au plus bas degré possible (celui de l’âme instigatrice du mal — et ça n’est pas tant l’âme qui est instigatrice que le Shayt qui l’influence) ; en dépit de son bas Maqam, ce même individu peut très bien avoir inscrit, au niveau de sa Nafs, l’amour de sa mère qui va l’attirer vers le haut, vers les plus hauts degrés — et cela va créer en lui un tiraillement, une tension de son âme dont la base restera ancrée dans la m… du plus bas degré, mais dont l’attachement à sa mère tendra à l’élever : et là il faut se figurer un élastique qu’on tend au maximum, avec le risque de rupture qu’on imagine ; d’un point de vue psychologique, cela se traduit chez cet homme par un tiraillement insupportable entre les pulsions morbides insufflées par le Shayt (le Waswas), et le désir de ne pas décevoir sa mère qui relève quasiment, quant-à lui, d’une inspiration angélique d’Ordre Divin (Ilham).
Ainsi, pour comprendre les états multiples de l’être (ou la multiplicité de l’être), il faut déjà comprendre que l’âme est élastique et extensible — et que plus elle se tend, plus elle est en souffrance ; ce qui explique l’explosion des troubles psychiques, en cette période de Fitna où la démultiplication des tentations entre en conflit avec la nécessité profondément ressentie d’être en harmonie avec sa prime nature enfouie, avec sa Fitra.
Ensuite, n’oublions pas que Nafs n’est pas homogène, mais que, pour être un couple, elle est par définition une composante mixte : un corps adamique, et un Jinni Qarîn iblisien — et rien que cette dualité est source de conflits intérieurs ; alors soit c’est le corps qui finit par prendre durablement l’ascendant (corps qui, doté de Ruh qui le relie à L’Esprit Divin, incline naturellement à la piété et aux adorations), soit c’est le Jinni (qui, par son Shayt iblisien, incline naturellement à la transgression et au péché), soit on assiste à une scène de ménage permanente, qui tantôt voit l’un gagner, tantôt voit l’autre, mais qui le plus souvent se résout en un statu quo générateur de souffrance, car finalement on n’avance ni dans un sens ni dans l’autre (et souvent, il est préférable de reculer pour mieux avancer).
Imaginons maintenant que ce couple reçoit un ou des invités qui s’incrustent : car rien n’empêche un autre Jinni — voire plusieurs — de prendre le contrôle du couple en s’installant à demeure (et généralement il s’agit de Jinn éthérés maléfiques qu’on a laissé rentrer en les conviant, soit personnellement lors de séances de Ouija ou de spiritisme, soit par personnes interposées et de manière frauduleuse — voire sous la contrainte) : on se trouve là dans un magnifique cas de possession ; et pour pour peu que Nafs ait été cassée, victime de dissociation, on se retrouve avec une âme bancale dont le Jinni n’est plus en phase, en harmonie avec le corps qu’il a épousé bien qu’il y soit toujours emprisonné : car il n’est plus connecté avec lui, mais avec d’autres Jinn qui ont pris son contrôle pour, par son intermédiaire, téléguider son corps et lui faire exécuter ce qu’ils veulent — et c’est là tout le principe du Mind Kontrol ou préparation mentale ; c’est ainsi qu’il se trouve tiraillé entre un corps devenu étranger, auquel il reste attaché d’une main, et les autres Jinn malveillants qui le contrôlent par son autre main et l’obligent ainsi à amener son corps où ils veulent, aux objectifs qu’ils visent : autrement dit, en le soumettant, ils se sont substitués à son libre arbitre dans le contrôle de son corps — un peu comme un preneur d’otage qui pointe une arme sur la tête d’un conducteur en le forçant à aller où il veut : c’est le conducteur otage qui bouge la voiture, mais il ne décide plus de la direction à prendre car à ce moment sa voiture ne lui appartient plus.
L’humain est donc extrêmement complexe, et on n’est jamais en présence, face à lui, d’une seule et même personne, d’un individu homogène : face au tueur en série notoire, on est également devant un homme (qu’on ne voit pas, parce qu’on n’a pas le discernement nécessaire) qui aime profondément sa mère — c’est à dire qu’on a en face de soi deux personnes différentes : une mauvaise influencée par le Shayt, rebut de l’enfer, et une autre influencée par Ruh, avec un attribut des gens du paradis (car, oui : un tueur en série aussi porte en lui de la sainteté — comme n’importe quelle Nafs dotée de Ruh) ; sans compter les autres personnalités jinniques qui se cachent derrière cette apparence d’unité, cette enveloppe charnelle — et on a déjà étudié à plusieurs reprises ce phénomène des tueurs sous emprise jinnique.
Donc, rien n’est ce qu’il paraît, et réduire un homme à une seule personnalité est aussi stupide que de réduire la France a la production de pinard ou de fromage — et rien que là, on est déjà partagé entre ces deux glorieux étendards, très proches l’un de l’autre, certes (voire complémentaires), mais relevant tout de même de philosophies différentes.
Mais les états multiples de l’être ne se limitent pas à ce seul aspect de la multiplicité des forces spirituelles qui le composent et le tiraillent : ça n’est pas que le tueur en série aux deux personnalités — à la fois angélique et diabolique ; c’est aussi, toujours dans la durée, une multiplicité de représentations qui font de la créature biologique une variable en mouvement perpétuel sur un axe unique : ainsi, c’est avec le même ADN que, de l’état de fœtus à l’état de défunt sur son lit de mort (en passant par les états d’enfant, d’adolescent, de jeune adulte, d’homme mûr, de vieillard), on passe sa vie à changer d’apparence, de représentation — et il s’agit d’autant d’individus différents que de représentations ; mais nous y reviendrons.





