بسم الله الرحمن الرحيم
Certes, nous traversons des temps de grands troubles (annoncés, soit dit en passant : il n’y a là rien d’extraordinaire), et grande est la tentation, pour conjurer l’angoisse, de s’en mêler : car agir donne souvent l’impression d’être utile, de participer à l’amélioration de la situation — ou tout simplement de ne pas subir.
Or, pour agir, il faut savoir quoi faire ; et pour savoir quoi faire, il faut prendre Les Consignes Claires d’ALLAH ﷻ ; et pour prendre Les Consignes Claires d’ALLAH ﷻ, il faut nécessairement se tourner vers Ses Envoyés.
Mais comme la prophétie est scellée, et que les savants qui sont les héritiers des prophètes n’ont pas de révélations, ni en général ni sur la période actuelle et sur ce qu’il convient d’y faire (et que dans tous les cas ils n’ont pas l’autorité légitime pour mobiliser les croyants — cette autorité sociale, politique et militaire qu’avaient les prophètes au Nom d’ALLAH ﷻ), il ne nous reste plus, pour toutes références d’action, que le Qur’an et les Ahadith.
Or, ni nous ni les savants n’avons la science nécessaire pour interpréter les textes avec précision en la matière historique et contextuelle, et pour les rapporter avec certitude aux événements actuels1 ; et dans certaines situations particulièrement délicates, comme celle que nous vivons actuellement, il vaut mieux connaître parfaitement le Qur’an et la Sunna, tant dans leur dimension ésotérique qu’exotérique, pour savoir quoi faire : car ces circonstances particulières exigent la plus grande clarté d’analyse, la compréhension la plus fine, et la connaissance la plus subtile des textes, et à défaut de tout cela, il vaut mieux s’abstenir de toute initiative afin d’éviter toute réactions précipitée, inappropriée, disproportionnée, et aux conséquences potentiellement désastreuses — pires que les causes les ayant générées : autrement dit, sans connaissance approfondie, mesure et retenue sont de mise et, faute d’une parfaite appréhension des textes, il est préférable de ne pas chercher à s’appuyer sur eux pour agir, plutôt que de les faire mentir, d’en faire les preuves de nos conclusions hâtives, et de les prendre comme prétextes de nos emportements.
Aussi, à défaut de prophètes pour nous guider dans l’action, et sans la capacité d’interpréter à cette fin les textes avec précision, nous ne pouvons que poser le terrible constat, en cette période de grande Fitna, que nous autres croyants sommes livrés à nous-mêmes et à notre ignorance : les textes, hermétiques, se refusent à nous laisser entrevoir un plan d’action contextuel (car ça n’est pas leur vocation), et il n’y a plus le moindre intermédiaire légitime entre ALLAH ﷻ et nous pour nous dire quoi faire ; ainsi, sans consignes claires d’action, nous n’avons d’autre alternative que de laisser faire et de nous en remettre entièrement à LUI ; et, à défaut de pouvoir agir matériellement, d’autre alternative que de cheminer spirituellement — en faisant avec cette épreuve de la Fitna : il ne nous reste que ça.
Certes, le croyant doit se mêler de social, de politique, de géopolitique, de stratégie — et c’est là la Sunna et la voie des compagnons ; mais UNIQUEMENT SOUS L’AUTORITÉ DIRECTE D’UN ENVOYÉ D’ALLAH ﷻ : les Sahaba, qui avaient le Prophète ﷺ pour les diriger, s’impliquaient donc très activement dans toutes ces choses-là ; mais nous autres, faute de leader éclairé et légitime, ne pouvons qu’observer et analyser les événements… et nous rapprocher de LUI par la voie spirituelle : ceci justifie cela, et à quelque chose malheur est bon (« À côté de la difficulté est certes une facilité. »)
Aussi, loin d’adopter la politique de l’autruche (on ne doit pas pour autant se désintéresser et mettre des œillères, il convient de faire l’effort d’essayer de comprendre le monde dans lequel on vit afin de s’adapter), il n’est pas pour autant question pour nous autres, musulmans, de suivre aveuglément un prédicateur comme Imran Hosein (pour ne pas le citer), juste parce qu’il se réclame de l’eschatologie islamique, et aussi parce qu’il tient un discours cohérent — il est vrai — sur les événements interprétés comme autant de signes de la fin des temps (il voit notamment dans la Russie la Rum du Qur’an)2 ; et si on a bien identifié, avec lui, dans l’Occident atlanto-sioniste (qui inclut l’Europe politique), le Dajjal (qui est une allégorie, pas une personne3), rien ne nous permet pour autant d’affirmer que les ennemis déclarés de ce dernier — que sont l’Iran, la Russie, ou la Chine — sont nos amis, et qu’on doit s’empresser de contracter alliance avec eux : car les Russes — comme les Américains — sont sous l’emprise de la secte juive messianiste Loubavitch4, les chinois persécutent les Ouïghours, et l’émotion du moment ne doit pas nous faire oublier l’égarement et l’hostilité historique des Shi’ites à l’égard de la majorité de la Umma — hostilité qui n’a aucune raison de cesser.
Donc, la meilleure posture, pour les musulmans, en ces temps de Fitna aiguë, reste l’attente : la patience dans la piété, l’observation, et la vigilance ; tout cela était prévu, et il n’y a pas lieu de paniquer ni de se précipiter en actions inconsidérées ; ALLAH ﷻ nous a informés de l’arrivée de l’Imam Mahdi pour rétablir l’ordre — la Umma doit donc patienter jusqu’à l’arrivée de ce seul leader légitime (quitte à souffrir), et se garder de tomber dans l’interventionnisme ; certes, on doit se défendre si on est attaqué (d’où la vigilance et l’œil gardé sur les événements qui s’imposent), mais de manière proportionnée ; quant-aux Shi’ites et à l’Iran, même si certains d’entre nous peuvent se sentir solidaires avec eux par miséricorde, on remet leur sort à La Main d’ALLAH ﷻ, Qui sait mieux que nous quelle fin leur réserver ; mais ne nous mêlons surtout pas directement de leurs affaires — ni contre eux, ni pour eux : leur dogme n’est pas le nôtre — et à eux leur religion, et à nous notre religion ; tout au plus pouvons-nous invoquer pour eux, car même éloignés, ils restent des frères qui disent :
لا إله إلا الله
محمدا رسول الله
1 Rien ne nous dit, par exemple, que le conflit actuel au Moyen-Orient, aussi inquiétant soit-il dans son risque d’escalade et de nucléarisation, préfigure la Malhama annoncée dans les écritures : rien, dans le Qur’an ou la Sunna ne permet d’affirmer qu’elle arrivera précisément à notre époque — maintenant et pas plus tard ; mais on se plaît à spéculer, à fantasmer, à faire des rapprochements, à interpréter les textes à l’aune des événements et les événements à l’aune des textes — mais sans la moindre certitude ; et — plus grave ! — sur la base de ces rapprochements et interprétations, on commence à prendre des mesures, des dispositions, à contracter des alliances, à désigner les pays amis et les pays ennemis…
2 Globalement, le discours du Shaykh est étayé, cohérent, et relève d’une méthodologie rigoureuse — mais n’en revêt pas moins une dimension aléatoire en ce qu’il consiste en partis-pris arbitraires, inévitables en cette discipline : libre à lui d’émettre des avis, et libre à chacun d’y adhérer ou pas — mais nous ne manquerons pas de rappeler que l’exercice, en la matière, est périlleux, car le moindre avis — aussi incertain soit-il — peut entraîner, s’il est suivi par des décideurs, des conséquences graves ; et le Shaykh n’est pas légitime à influencer les croyants en termes d’action politique et militaire, il n’est pas prophète.
3 Le terme « Dajjal » (qui signifie « trompeur » ou « tromperie »), sert à désigner cette entreprise diabolique qui, tout au long de l’épopée humaine, et en particulier à la fin des temps qui voit son apogée, se caractérise par la fausseté, le mensonge, l’inversion.
4 Un des derniers ouvrages d’Imran Hosein est préfacé par Alexandre Douguine, qui est le trait d’union entre la secte Loubavitch et le Kremlin — et les Loubavitch semblent être les grands artisans du chaos mondial, manipulant toutes les forces en présence pour les pousser à s’affronter dans la Malhama nucléaire.





