بسم الله الرحمن الرحيم
La synthèse nafsique du corps adamique et du Jinni iblisien fait que demeure le cœur purement matériel (cet organe que voient les chirurgiens quand ils opèrent) comme voile biologique du cœur spirituel (que seul voit le doué de Basira celui-là, au-delà du premier) : ce cœur spirituel qui, lieu de la synthèse, intrique la dimension spirituelle avec la chair pour former la carte, le plan, le schéma du fonctionnement spirituel de l’homme ; il y a donc un cœur matériel et un cœur spirituel caché — comme il y a un corps matériel et un corps spirituel ; car il existe, entre les deux dimensions (Dunya et Akhira), une symétrie parfaite avec un pont, une correspondance : c’est ainsi que, quand on rêve, on peut voir son corps spirituel, et que le corps matériel réagit aussi intensément aux rêves et cauchemars par des manifestations physiologiques claires ; et quand on agit sur le corps matériel, on agit sur le corps spirituel (d’où l’importance capitale des ablutions).
Le cœur spirituel, lui, constitue donc la cartographie de l’être spirituel — c’est-à-dire de la dimension jinnique de Nafs avec Ruh intégré1 :
- En haut (au niveau de l’aorte) se trouve L’Esprit Divin, Fixe ;
- En bas (au niveau du ventricule gauche), est concentré le Shayt, fixe également ;
- Au milieu se trouve le couple Nafs — c’est-à-dire le Jinni Qarîn doté d’un souffle biologique (comprendre : des sensations corporelles — donc d’un corps), mobile quant-à lui (destiné à osciller entre L’Esprit Divin et le Shayt : c’est la variable du cœur).
Nafs est reliée à L’Esprit Divin par cette connexion complexe qu’est l’esprit muhammadien, constituée d’un double flux animé par les anges :
- Le flux descendant, par quoi ALLAH ﷻ envoie les informations à Nafs (dont le film/jeu du destin personnel) ;
- Le flux montant, par quoi Nafs peut communiquer avec Le Divin (c’est notamment le canal des invocations, des prières, de l’évocation…)
L’ensemble {(corps + Jinni = Nafs) + esprit muhammadien + Esprit Divin} forme le Ruh — et à la base Ruh n’est que l’ensemble {corps + esprit muhammadien + Esprit Divin}, auquel vient se greffer le Jinni (ou plutôt, le Jinni, en recevant les sensations du corps, hérite de l’ensemble Ruh).
À la base, quand le Jinni intègre le Ruh par son mariage avec le corps, le câble de l’esprit muhammadien est bien tendu, et Nafs est tout en haut du cœur, avec L’Esprit Divin — légère, dépourvue de tout attachement au monde matériel : c’est l’état de Fitra.
Mais avec les premiers besoins matériels, le Shayt du corps va l’attirer à lui au moyen d’un Waswas chronique — tantôt sous le visage de la faim, tantôt sous le visage du sommeil, tantôt sous le visage de la libido (à partir de la puberté) : « Je suis la faim / le sommeil / la libido, viens me satisfaire ! » ; créant ainsi en elle les premiers attachements, les premières passions : attachement à la nourriture qui devient gourmandise, attachement au sommeil qui devient paresse, attachement à la libido qui devient obsession sexuelle… ; ces attachements l’empèsent et l’entraînent au fond du cœur, au niveau du Shayt, dans sa proximité immédiate, et l’abaissent ainsi à son plus bas niveau qui est celui de l’âme instigatrice du mal (An-Nafsu Al-Ammara bi As-Su’i) ; niveau qui correspond aussi au titre « officiel » de Shaytan s’il n’y a pas de contre influence exercée par L’Esprit Divin (et c’est là qu’on peut dire qu’untel est un Shaytan : quand on identifie que son âme est à ce degré spirituel).
Les premiers attachements (matériels) et passions se cristallisent donc, dans le cœur, sur Nafs, sous forme d’amas pesants, sous l’influence du Shayt du corps — mais aussi sous l’influence du Shayt du Qarîn qui s’est vite réveillé, générant les attachements liés à l’esprit, au mental, au psychisme : en tête de ces attachements spirituels, on trouve l’attachement au soi conscientisé, à l’image de soi — attachement qu’on connaît mieux sous le nom d’ego, en l’occurrence l’ego secondaire ; le Shayt du corps ayant quant-à lui généré l’ego primaire, qui est l’attachement au corps et à ses besoins, par lequel on montre une attention particulière à ces besoins et à leur satisfaction — mais sans attachement marqué à l’image de soi.
Et ces deux attachements (au soi conscientisé et aux besoins corporels — ces deux ego) sont les attachements fondamentaux, desquels découleront tous les autres — à commencer par les plus dominants que sont les attachements au pouvoir, à l’argent, et au sexe : ce double ego est la marque et la caractéristique majeure des degrés les plus bas de Nafs (au moins les quatre premiers en partant du bas), et c’est de lui qu’il conviendra de se défaire pour se débarrasser des autres attachements, dans le cadre de la purification de l’âme (Tazkiyat An-Nafs).
Parmi les attachements liés à l’esprit, générés par le Shayt du Qarîn, on trouve aussi tous les attachements aux êtres qui flattent l’ego secondaire : une belle épouse dont on s’enorgueillit, un ami riche et influent dont la fréquentation donne de l’importance, des enfants qu’on voit comme les plus beaux, les plus intelligents, les plus forts…
Toujours dans la catégorie des êtres, mais cette fois parmi les attachements matériels qui flattent l’ego primaire, on trouve les attachements aux êtres qui apportent une satisfaction prosaïque des sens : une épouse qui cuisine bien, une amante qui fait jouir, un ami associé à la fête et à tous ses plaisirs terre à terre…
Un même être peut cristalliser sur lui à la fois des attachements matériels et spirituels : une épouse non seulement belle mais encore bonne cuisinière et bonne amante ; un ami non seulement célèbre mais encore qui fait profiter concrètement de sa fortune…
Tous ces attachements « pour soi » (égoïstes, intéressés) dérivent donc des attachements au double ego, dont ils sont des sous-catégories : comme une sorte de goudron collant, non seulement ils empèsent l’âme et la maintiennent au bas du cœur, mais encore ils sont parfaitement vains car, périssables, éphémères, ils ne mènent nulle part — au contraire des attachements pour ALLAH ﷻ :
Contrairement aux attachements égoïstes, les attachements pour ALLAH ﷻ sont exclusivement spirituels (ils ne trouvent aucun intérêt matériel) ; ils se font par l’influence de L’Esprit Divin, sous l’effet du Ruh, et contribuent à rehausser Nafs, a l’élever en degrés (comme une grappe de ballons à l’hélium élève au ciel), contrairement aux attachements égoïstes qui plombent et tirent vers le bas.
Le premier de ces attachements pour ALLAH ﷻ est l’attachement aux parents, dans lequel se cristallise par excellence l’attachement à ALLAH ﷻ et le désir de Le satisfaire (c’est essentiellement en cultivant cet attachement avec sincérité qu’on trouve Son Agrément) ; et on ne parle pas ici d’un attachement intéressé, par lequel on ne s’attache aux parents que pour ce qu’ils nous apportent (aisance matérielle s’ils sont riches, orgueil s’ils sont célèbres…), auquel cas, l’attachement n’est pas aux parents, mais bien à soi, à travers leur fortune et/ou leur notoriété ; la question de l’intention est vraiment déterminante.
Dans ces attachements pour ALLAH ﷻ, on trouve également tout ce qui relève de l’amour pour ALLAH ﷻ : l’attachement aux saints et aux pieux, à la religion, à la Suhba… ; pourvu toutefois que ces attachements ne tournent pas à l’idolâtrie — et l’idolâtrie, c’est quand ces choses deviennent l’objet de l’intention et de l’attention, parce qu’on se focalise sur elles, sur leur forme : c’est quand on s’attache plus à ces choses en soi, qu’à ALLAH ﷻ Qu’elles nous ont fait oublier ; c’est pourquoi il convient de toujours remettre en question son intention, car de l’intention dépend l’attention (la vigilance : Muraqaba), et de l’attention dépend l’objet : si l’intention a insidieusement dérivé vers un Shaykh, et qu’on fixe son attention sur le Shaykh avec cette intention déviée, le Shaykh devient l’objet — et l’objet qui n’est pas ALLAH ﷻ est idole ; mais si l’intention en fixant le Shaykh reste ALLAH ﷻ, et qu’on fixe donc son attention sur ALLAH ﷻ en fixant le Shaykh, L’Objet reste ALLAH ﷻ — et le Shaykh est alors attachement pour ALLAH ﷻ.
On trouve aussi tous les attachements à autrui (humains, animaux…) relevant de la pure miséricorde — et c’est là signe d’élévation dans la foi, car ces attachements (qui se manifestent en actes concrets, en œuvres) ne se font qu’aux plus hauts degrés de Nafs (An-Nafsu Al-Mutma’inna, An-Nafsu Ar-Radiyya, An-Nafsu Al-Mardiyya, An-Nafsu Al-Kamîla) : plus on s’éloigne, dans les attachements pour ALLAH ﷻ, du cercle personnel (plus on est capable de témoigner de la bonté envers des inconnus, et pas seulement envers ses familiers), plus Nafs est proche de L’Esprit Divin2.
Tous les attachements relevant du double Shayt — à commencer par cet attachement majeur, à soi et à son plaisir personnel, qu’est le double ego —, et les mauvais comportements qui en découlent, résultent d’assauts de sa part — des assauts variables dans leur intensité qu’on peut catégoriser ainsi :
- La suggestion insidieuse (Waswas), qui pousse directement au péché, à l’acte qu’on sait illicite : le Waswas crée les addictions en général, les attachements de Nafs à l’alcool, aux stupéfiants, à l’argent facile, au sexe, au mal pour le mal… ;
- L’idée obsédante (Hajis) : elle n’incite pas directement au péché, mais fait plonger dans le Ghafla (oubli) par son caractère obsédant (lequel oubli engendre le péché) : c’est, par exemple, le désir envahissant de s’acheter un objet précis (une maison, une voiture, une montre…) qui va pousser au Riba, ou de nouer une relation avec une femme qui occupe les pensées, ou d’avoir un enfant : le Hajis crée les attachements aux biens et aux créatures ;
- La pensée (Khatir) : elle a son pendant dans les illuminations (que nous verrons après), et consiste en constructions intellectuelles : le Khatir crée tous les attachements idéologiques, doctrinaires, conceptuels, les avis, les opinions, les préjugés…, comme par exemple le nationalisme, le communisme, le sionisme, le libéralisme, le racisme…
Tous les attachements relevant de Ruh, et les bons comportements qui en découlent, se font par illumination — et on trouve plusieurs catégories d’illumination :
- L’inspiration (Ilham) : ce sont toutes les informations relevant de la connaissance gnostique (la Maʿrifa), hors révélation, qu’ALLAH ﷻ envoie aux pieux, aux saints : et on parle bien ici de connaissance gnostique, pas de la connaissance profane dont relèvent par exemple les sciences humaines ; Al-Ilham crée tout simplement l’attachement à ALLAH ﷻ et à Sa Création, et le renforce, en ce qu’il consiste en un dévoilement graduel de L’Être ; il développe la miséricorde pour les créatures, proches parents ou inconnus, humains ou animaux, anges ou Jinn ; ce genre d’illumination n’est pas donné à tout le monde et implique une initiation sous la tutelle d’un maître éducateur (Murshid), un cheminement préalable ;
- La « vraie pensée » (Khatir Haqq) : comme le Khatir, le Khatir Haqq consiste en production intellectuelle — mais frappée cette fois du sceau de La Vérité : relevant de la sagesse, le Khatir Haqq consiste à opposer à une situation donnée LA réponse conforme à La Volonté d’ALLAH ﷻ, soit par illumination spontanée, soit à la suite d’un effort (Ijtihad) ; il est Pure Logique, Pure Évidence, et touche les saints réalisés ; il crée les attachements à La Logique, à La Raison, à L’Intellect — et on parle ici de L’Intellect au sens noble, pas du petit capital de neurones qu’ALLAH ﷻ attribue à Nafs dans le cadre du proprium ;
- La révélation (Wahy) : c’est la synthèse des deux précédentes illuminations, qu’elle englobe — mais réservée aux seuls envoyés ; elle est incluse en eux au moment où ils sont créés du cinquième état de la lumière muhammadienne : ils apparaissent donc avec, elle ne leur vient pas au cours de leur existence terrestre contrairement au Ilham et au Khatir Haqq, qui résultent d’une initiation et sont donc acquis ; même si elle se libère à un moment précis elle est déjà en eux, innée : consubstantielle, elle leur est inhérente.
1 Même un Jinni éthéré qui n’a pas reçu les attributions du corps adamique (c’est-à-dire Ruh et les sensations corporelles, et donc les sensations du monde matériel), est doté d’une image de synthèse qu’ALLAH ﷻ lui a attribuée — et sous laquelle, même, il peut lui arriver de se manifester dans le monde sensible, au moyen de ce pont existant entre les deux dimensions et sous certaines conditions ; et il est également doté d’un cœur spirituel, qui n’est toutefois pas structuré comme celui d’un Jinni incorporé : s’il a bien la connaissance du Divin, il n’a pas le cheminement intégré, la cartographie, l’arborescence pour Y accéder — comme un humain qui voit le soleil mais à qui il n’est pas permis d’y accéder.
2 L’attachement aux parents prévaut toutefois : si on est attaché aux parents pour ALLAH ﷻ sans attachement particulier aux autres, on est meilleur que si on est attaché à l’humanité entière sans attachement aux parents ; sachant que l’attachement sincère aux parents développe l’attachement aux autres, quand l’attachement aux autres ne développe pas forcément l’attachement aux parents ; on considère que le non-attachement aux parents est une lacune grave — comme un trou dans le profil spirituel, comme une prise d’air.





