بسم الله الرحمن الرحيم
Les ouvrages des maîtres ne sont que la consignation de leurs états relevant de l’inspiration (Ilham) : consignation plus ou moins travaillée, plus ou moins élaborée — mais toujours altérée, car aucun écrit ne peut retranscrire fidèlement un état spirituel ; et une grande partie, si ce n’est la quasi totalité de l’œuvre d’Ibn ʿArabi, relève de ce procédé.
Certains comme ʿ Abdulaziz Ad-Dabbagh n’ont même pas pris cette peine — et pour cause : il était illettré, comme le Prophète ﷺ ; c’est donc son disciple, Ibn Mubârak al-Lamtî, qui s’est chargé de retranscrire ses états et inspirations, non sans en être lui-même pénétré du fait de son intimité spirituelle avec son maître (telles sont les subtilités du Madad et de la Rabita).
Quoiqu’il en soit, il gravite toujours autour de ces maîtres — et c’est légitime — des gens qui viennent se nourrir de ces « miettes » (comme certains recueillaient, pour le boire ou s’en oindre, le reste de l’eau utilisée par le Prophète ﷺ pour ses ablutions) que sont ce qui transparaît de leurs états — les transcrivent si ça n’est déjà fait, les étudient, les développent inlassablement ; et plus ces « miettes » sont nombreuses, plus cette étude s’étend, dans le temps et l’espace, à un nombre conséquent de gens — et c’est ainsi que les œuvres d’Ibn ʿArabi et de ʿAbd Al-Wahid Yahya (René Guénon) continuent de susciter un intérêt qui confine à la passion, à la dévotion.
Il y a donc deux catégories de gens : ceux qui, réalisés, vivent la lumière de l’intérieur (elle est en eux) et la manifestent (en paroles, ou en écrits — ou tout simplement en étant) ; et ceux qui sont réduits à ne la vivre, par procuration, que par ces manifestations des premiers (ces « miettes »), de l’extérieur, dans le sillage des illuminés — un peu comme ces oiseaux marins qui suivent les chalutiers, afin de récupérer les déchets de leur pêche qu’ils rejettent à la mer.
Les premiers proposent quelque chose d’inédit, qui semble venir d’eux mais qui en réalité vient de plus loin — et qui implique même un effacement complet de soi pour que ce quelque chose puisse se manifester ; et les seconds ne font que développer ces propos attribués aux premiers, comme les enseignants en littérature glosent sur les œuvres des écrivains sans avoir jamais rien produit eux-mêmes ; et leurs travaux critiques ne sont qu’une espèce de mise en abyme de ces auteurs et de leurs œuvres, ressassés sans fin, sans rien proposer d’inédit en termes de création.
Et les deux catégories sont nécessaires ; car les premiers alimentent les seconds en matière spirituelle, et les seconds les font vivre en parlant d’eux, en donnant de l’écho à leur lumière, en la répandant autour d’eux.





