بسم الله الرحمن الرحيم
En ces temps particulièrement troublés, on est tenté de faire l’analogie entre tout ce qui arrive et les prophéties de la fin des temps, d’interpréter les évènements à l’aune de ces prophéties, de tous les signes annoncés, et d’en tirer des conclusions — voire des intentions suivies de causes.
C’est là quelque chose de très périlleux.
Car rien ne nous garantit que ces événements actuels sont la réalisation des prophéties, d’une part ; et d’autre part — et surtout —, on peut se demander si ces prophéties ne sont pas lancées par ALLAH ﷻ, via Ses Messagers, comme autant de suggestions pour nous éprouver, comme autant d’incitations à les réaliser, car on finit par se persuader que c’est ce qu’il faut faire puisque dans tous les cas ça doit arriver : en d’autres termes, nous provoquons nous-mêmes ces événements, inconsciemment, en pensant que ce sont les prophéties qui se réalisent ; il ne s’agit rien moins que d’auto-suggestion, d’auto-persuasion, qui consiste non pas à laisser venir et subir les événements, mais à les provoquer activement, à les hâter, à les précipiter : une forme d’interventionnisme des hommes impatients, qui n’ont pas l’humilité d’attendre et de laisser venir, mais qui, suffisants, croient pouvoir se débrouiller eux-mêmes pour réaliser le destin, plutôt que d’attendre qu’il se réalise au moment où il doit se réaliser.
Et c’est ainsi qu’on voit les sionistes juifs et chrétiens déclencher le chaos pour précipiter l’avènement du « grand Israël », la reconstruction du temple, la venue du « messie » — alors que personne ne leur a rien demandé : un peu comme s’ils avaient mordu à l’hameçon des prophéties, s’étaient laissé tenter par un scénario brandi sous leurs nez, et avaient foncé tête baissée, séduits par ce plan chelou, en disant : « cap’ ! »
Oui, tout ce qui arrive, tout ce chaos, est provoqué par des hommes tentés, alléchés par des scénarios tout faits, et qui se sont laissé prendre, qui se sont laissés aller à les exécuter — alors qu’il ne leur appartenait que d’adorer tranquillement leur Seigneur en laissant les choses se réaliser comme elles devaient se réaliser par La Volonté d’ALLAH ﷻ (« Et il ne leur a été commandé, cependant, que d’adorer ALLAH ﷻ, LUI vouant un culte exclusif, et d’accomplir la Salât, et d’acquitter la Zakât, et voilà la religion de droiture. »)
Mais « l’homme devient rebelle dès qu’il estime qu’il peut se suffire à lui-même » : dès qu’il accumule un peu de pouvoir et de richesses, il imagine pouvoir se mêler de ce qui ne le regarde pas, prendre les choses en main, gérer les affaires du monde, et réaliser lui-même les prophéties sans attendre qu’ALLAH ﷻ le fasse ; un peu comme un adolescent qui, avec trois leçons de conduite à son actif, se prend pour un pilote émérite, sort lui-même la voiture de son père du garage sans y avoir été autorisé, et la fracasse.
Que des Shayatin orgueilleux créent le chaos sur terre, en se substituant à ALLAH ﷻ Qui accomplit les prophéties, c’est déjà fort ; mais que des croyants (Imran Hosein par exemple) commencent eux-mêmes à interpréter leurs pitoyables actions comme les signes de la fin des temps, et à en tirer des conclusions, et à faire des prévisions en se réclamant de l’eschatologie, c’est le comble : car ils ne sont pas sûrs que tout cela ne relève pas plutôt d’une pure initiative humaine, d’une pathétique tentative de réaliser, en faisant n’importe quoi, des choses à la base totalement fictives, totalement virtuelles, totalement paraboliques.
Aussi, inutile de rajouter de l’huile sur le feu en accordant un crédit prophétique aux actions démentes des autres — car ils ne font jamais que donner vie, par leur seul passage à l’acte, à des prophéties qui seraient restées à l’état de prophéties s’ils ne s’étaient pas sentis obligés, mus par un sentiment de toute puissance, de s’en mêler et de les faire advenir : là réside l’épreuve et toute l’ironie des prophéties qui, dans l’absolu ne doivent se réaliser que parce que des hommes suffisants se croient obligés de les réaliser — sinon elles resteraient à l’état de contes !
Et si des hommes se comportent comme le Dajjal (et que d’autres les voient comme tels, à la suite, rentrant dans leur délire), c’est uniquement parce qu’on leur a suggéré ce modèle en leur faisant croire qu’il allait arriver — alors ils s’empressent de se « dajjaliser » en se persuadant qu’il sont l’incarnation de ce personnage ; mais le Dajjal n’ « existe » que parce qu’ils en revêtent l’habit en se persuadant l’être (ou investissent d’autres de cet habit) — sinon il n’aurait pas plus de réalité que l’ogre des contes, ou le père fouettard, ou le croque-mitaine.
N’a d’Existence qu’ALLAH ﷻ.
Et le Dajjal, tel que décrit par le Prophète ﷺ, n’est que pure allégorie : il n’a, dans la réalité, tel une hydre, que le visage multiple de ceux qui, à travers les âges, prennent l’initiative de l’incarner en se persuadant qu’ils le sont — ou à tout le moins qui le servent comme concept ; car le mot « Dajjal » recouvre effectivement plus un concept qu’une personne réelle — et ce concept s’incarne parfaitement dans ceux qui en ont l’intention : Macron, Netanyahu, Trump et bien d’autres à notre époque — mais aussi Pharaon, Nimrod ou d’autres par le passé ; ce ne sont pas les avatars de Dajjal qui manquent dans l’histoire — et « Dajjal » n’est que le nom ici bas de l’entreprise de corruption iblisienne (dont les serviteurs zélés sont légion), pas encore visible comme telle mais dont la révélation au grand jour est fixée à un moment précis (sous l’apparence symbolique d’un gros blond bouclé rougeaud et borgne) : pour l’heure, donc, cette entreprise (ce complot contre la foi — car il faut bien appeler un chat un chat, et un complot un complot) relève encore du Ghayb (sauf pour ceux qui ont le discernement nécessaire et la voient très clairement, ainsi que ses acteurs), et on ne soupçonne pas encore la plupart de ses serviteurs d’en être malgré les indices qui ne cessent, à titre de dévoilement, de se multiplier ces derniers temps de façon exponentielle (et l’émergence des fameux fichiers Epstein est l’un des ces indices flagrants — un élément de preuve particulièrement significatif du complot).
Et si certains de ces avatars « dajjaliens » construisent de hautes tours, c’est que cela leur a été suggéré par la prophétie, et qu’inconsciemment ils ont relevé le défi — et ça ne date pas d’hier comme en atteste la tour de Babel ; mais ALLAH ﷻ châtie et châtiera cet esprit de fronde, cette insolente ostentation de hautes tours — et les quelques missiles iraniens qui frappent actuellement Dubaï et ses arrogants gratte-ciel participent bien évidemment de ce rappel à l’ordre.
Et toute cette accélération des choses n’est jamais, aussi, que la résultante de ce qui a été suggéré à qui veut bien l’entendre dans les prophéties (car, un peu comme les promesses, les prophéties n’engagent que ceux qui les croient et s’emploient à leur donner vie) : c’est ainsi que la succession des 40 jours restants sur la terre — un jour comme un an, un jour comme un mois, un jour comme une semaine, et tous les autres jours comme des jours normaux — après l’apparition du Dajjal (comprendre, par « apparition » : son dévoilement et son règne au grand jour) marque la contraction progressive du temps et la précipitation des événements — non pas comme une fatalité, mais comme le produit de leurs seules causes effrénées en vue de précipiter les choses, comme le leur suggèrent les prophéties.
Quoiqu’il en soit, les croyants doivent plus que jamais prendre du recul par rapport à toute cette agitation, et rester concentrés sur l’adoration d’ALLAH ﷻ sans se mêler de Ses Affaires : on s’occupe de L’adorer, et on Le laisse gérer les affaires du monde — et Il saura quoi faire de tous ces Shayatin, qui outrepassent leurs prérogatives en prétendant réaliser ce qu’il ne leur appartient pas de réaliser.
Et ils doivent se garder d’écouter tous ces eschatologues qui prétendent voir et interpréter les signes de la fin des temps — aussi troublantes soient leurs analyses, aussi fine semble leur science de l’Heure, et aussi pertinentes semblent leurs recommandations en vue de s’adapter à la Fitna —, car ils ne se contentent pas d’interpréter les signes, ils donnent aussi une ligne de conduite, une orientation, un plan d’action afin de s’inscrire activement dans tout ce cirque ; or, le rôle des Shuyukh est juste d’indiquer La Direction d’ALLAH ﷻ, ils n’ont pas de vocation politique ou militaire (sauf exceptions ponctuelles évidentes — et on pense notamment à l’émir Abdelkader), sachant que, depuis la fin du Califat authentique et jusqu’à l’arrivée de l’imam Mahdi, les croyants n’ont et n’auront plus de leader légitime, de gouvernement central, ou d’État auquel se raccrocher1 : leur démarche sur terre est et sera purement spirituelle et verticale, et ils devront s’accommoder des luttes des hommes et des enjeux de pouvoir qui feront rage autour d’eux, louvoyant au milieu de tout cela en se cramponnant à l’évocation d’ALLAH ﷻ et à la Sunna de Sayyidina Muhammad ﷺ.
Seuls les envoyés, parmi les quelques 124 000 (dont 313 messagers) évoqués par le Prophète ﷺ dans un Hadith, pouvaient mener des actions militaires et politiques conformément à ce qui leur avait été révélé directement ; et après eux, mais au terme d’un grand vide au cœur duquel nous nous trouvons, seul l’imam Mahdi sera légitime à le faire ; mais nous nous répétons : attention de ne pas tomber dans le même piège que nos ennemis, en voyant dans tout ce qui se passe (par une interprétation trop facile) les signes probables de sa venue, ou en cherchant à la hâter par des causes inappropriées relevant de la pure initiative personnelle hors de toute autorité légitime : ça n’est pas parce que cela nous a été suggéré, annoncé, que nous devons forcer le destin et chercher à le faire advenir, nous mêlant en cela des Affaires d’ALLAH ﷻ ; laissons-Le donc faire ce qu’Il LUI appartient de faire : Il n’a pas besoin de nous pour ça, et Il le fera infiniment mieux que nous ne le ferons jamais ; et ce qui doit advenir adviendra — mais par Sa Seule Grâce, et sans qu’on ait besoin de le provoquer.
1 Aucun des califats (omeyyade, abbasside…) ou des monarchies (saoudienne, alaouite…) qui ont suivi n’a la moindre légitimité islamique, il ne s’agit que d’entreprises humaines s’inscrivant dans des luttes de pouvoir terrestre et ne visant que des intérêts privés, sous couvert d’islam ; seul l’imam Mahdi, dûment mandaté par ALLAH ﷻ, reviendra mettre un peu d’ordre dans la Umma — et là encore il faut bien se garder de le voir partout et de chercher à précipiter sa venue : ça sera quand ALLAH ﷻ voudra.





