بسم الله الرحمن الرحيم
On confond souvent maîtrise et sainteté : or, un maître spirituel n’est pas nécessairement un saint (c’est un enseignant), et les saints ne sont pas forcément des maîtres spirituels — loin s’en faut.
Certes, beaucoup de maîtres sont des Awliya, mais c’est loin d’être une évidence ; et si certains maîtres sont honnêtes quant-à leur non-sainteté, certains se plaisent à entretenir la croyance — soit par faiblesse, soit parce qu’ils en sont eux-mêmes convaincus.
D’ailleurs, la plupart des saints (maîtres ou pas) sont certains de ne pas en être ; et si certains en sont conscients, ils le voient plus comme une charge relevant de leur servitude (ʿUbudiyya), avec toute la crainte que cela implique, que comme un honneur et un privilège dont on peut se gausser. (Le degré de saint est à l’usage de la masse des hommes, pour leur donner une boussole, une référence, un repère : pour leur indiquer La Bonne Direction ; car on n’est saint que par rapport à la foule, pour elle, par Permission d’ALLAH ﷻ ; le seul repère des saints étant ALLAH ﷻ, ils ne voient que LUI, et ils savent qu’ils ne sont rien par rapport à LUI — si ce n’est des esclaves : ils ne se voient donc que par rapport à LUI, comme des esclaves ; mais pas comme des saints, par rapport aux hommes qu’ils ne voient pas, et dans les regards desquels ils ne voient donc pas se refléter leur sainteté.)
Quoiqu’il en soit, c’est cette fâcheuse tendance à voir dans tout maître un saint qui contribue à cette dérive de l’idolâtrie des Shuyukh ; or, si on leur doit la nécessaire politesse à laquelle leur science leur donne droit, on doit bien se garder de les diviniser et de les voir plus beaux qu’ils ne sont — car c’est là la source de tous les égarements.





