بسم الله الرحمن الرحيم
Avant que le corps adamique n’intègre un Jinni, c’est Le Seul Esprit Divin Qui l’animait, lui donnant au passage la science des Noms ; et c’est devant ce corps animé du Ruh que se sont prosternés les anges, à l’exception d’Iblis qui de ce fait a été dégradé en Jinni.
Alors sa descendance, à titre de sanction (et nous disons bien de sanction, pas de punition), a reçu un corps (comprendre : a reçu les sensations d’un corps comme interface avec le monde matériel) et s’est donc vue envahie par le monde sensible (mais comme on le verra ultérieurement, la descendance d’Iblis n’est pas la seule catégorie de Jinn à avoir été investie du corps).
Du temps d’Adam, il s’agissait plus d’un degré intermédiaire entre le paradis et le monde matériel, que du monde matériel à proprement parler ; mais c’était suffisant pour que le Shayt du corps, déjà actif, ne fasse son travail d’influenceur visant à attirer Nafs vers le monde matériel, la précipitant au niveau du Nasut en lui faisant « manger de l’arbre » (comprendre : en la faisant « commercer » au sens large — dealer pour utiliser un anglicisme — avec le monde matériel1) ; et ne réveille par la même occasion le Shayt du Jinni — lequel soit dit en passant va vite prendre l’ascendant dans le couple nafsique.
Mais il faut bien comprendre que, avant d’être associé au Jinni, le corps adamique n’était pas un pantin inanimé — bien au contraire : il n’a été ce pantin inanimé que dans les 40 ans qui ont suivi sa formation, afin que les anges témoins comprennent bien que la valeur de cette statue d’argile ne résidait pas dans sa matérialité ; mais dès lors qu’ALLAH ﷻ S’est connecté à ce corps par le Ruh, c’est LUI-Même Qui l’a animé, avant de s’effacer (mais sans disparaître2) et de le laisser en dépôt aux Jinn, histoire de voir un peu ce qu’ils allaient en faire (on dira qu’Il en a gardé la pleine propriété mais qu’il en concédé le bail aux Jinn ; le but étant, pour ces derniers, en termes de cheminement spirituel, de s’effacer à leur tour — de s’éteindre —, et de rendre les clés au propriétaire).
Et c’est ainsi que le corps au sens métonymique — l’humanité — a été distribué à deux catégories déterminées de Jinn3 :
- D’une part, les dignes descendants d’Iblis — et leur mariage avec un corps a donné les Anfus des mécréants, des associateurs, des rebelles, des désobéissants destinés à l’enfer (7:179 : « Et Nous avons destiné pour l’enfer beaucoup de Jinn et d’hommes ») ; à noter qu’Iblis et ses descendants sont dérivés des anges mineurs issus du troisième état de la lumière muhammadienne, au même titre que les Jinn des animaux — et d’ailleurs ALLAH ﷻ les place sur le même plan en les déclarant pires (7:179 : « Ceux-là sont COMME les bestiaux, MÊME PLUS ÉGARÉS ENCORE… ») ; de là à dire que les Jinn de ceux-là sont des Jinn d’animaux, il n’y a pas loin (mais à la différence des Jinn des animaux qui évoluent dans le Malakut, ils sont temporairement bloqués au Nasut — et c’est la contrepartie de leur mariage avec un corps adamique humain qui les dote du Ruh leur permettant de s’adresser à nouveau à ALLAH ﷻ via le flux montant du canal muhammadien, la chute, la déchéance, le bannissement de leur ancêtre Iblis les ayant privés de cette faculté) ;
- D’autre part, les 124 000 Jinn des prophètes et des envoyés, et de leurs dérivés que sont les saints, les martyrs, les croyants obéissants, dont le mariage avec un corps a donné les Anfus des pieux destinés au paradis — bien moins nombreux que les précédents ; et si les Jinn des saints, des martyrs, et des croyants obéissants sont dérivés des prophètes et des envoyés (issus de leur souffle), ces derniers sont quant-à eux directement issus de la lumière muhammadienne — de son état de pudeur pour être plus précis (alors que les Jinn des mécréants et autres rebelles ne sont « que » dérivés des anges4).
On relève tout de même que la Nafs d’Adam (c’est-à-dire le couple formé par son corps et son Jinni — et c’est ce qu’il faut comprendre quand ALLAH ﷻ dit « wa zawjuka », qui ne signifie pas « ta femme » mais plutôt « ta moitié jinnique »), bien que dotée d’un Jinni de prophète, s’est laissé tenter par le Shayt de son corps dont le but était, en lui « montrant sa nudité », de lui révéler sa dimension matérielle cachée par sa spiritualité dominante (c’est-à-dire de lui faire découvrir, comme on réveille la libido par l’exposition d’un corps dénudé, les artifices et tentations du Dunya que masquent la foi — que couvrent les habits de la foi ; autrement dit : de lui montrer toute l’obscénité et la crudité du monde matériel) : et c’est là qu’on voit tout l’impact du Shayt du corps, toute sa force de persuasion, qui parvient à tromper un Jinni de prophète ; et si, dans l’absolu, ALLAH ﷻ ne vient pas convertir ce Jinni de manière à ne lui faire ordonner que le bien (comme il a fait de celui de Muhammad ﷺ), c’est lui qui subit l’influence du Shayt — soit par candeur comme ce fut le cas pour Adam (qui avait la bonne présomption à l’égard de ce conseiller trompeur), soit par perversion et complaisance, et en plein consentement éclairé.
Mais il fallait ça — cette tentation d’Adam par le Shayt — pour que s’accomplît pleinement l’épopée terrestre telle qu’écrite, et pour qu’Adam et sa descendance intégrassent le monde sensible ; mais comme son Jinni était d’un prophète, et qu’il était destiné au paradis, sa réhabilitation était programmée et acquise (20:122) ; d’ailleurs, pour mémoire, Adam n’est pas le seul prophète à s’être fait piéger par son Shayt : à titre d’exemple, et pour ne citer qu’eux, on rappellera que Moïse a commis rien moins qu’un homicide, et que Jonas s’est montré particulièrement impatient et colérique ; même Sayyidina Muhammad ﷺ était sujet à la colère, et bien qu’il se maîtrisât (il avait cette capacité — et là réside la vraie maîtrise), la rougeur qui affluait parfois à son visage trahissait cette tendance ; mais ALLAH ﷻ, Qui a toujours insisté sur le fait que les messagers et prophètes n’étaient que des hommes comme les autres, n’a fait qu’illustrer Son Propos en montrant que, ne serait-ce que par leurs corps, Ses Propres Envoyés étaient sujets à l’influence du Shayt qui y circulait5 — et ce malgré la contre-influence de L’Esprit Divin, particulièrement puissante en eux : c’est que, tant qu’on est dépositaire/tributaire d’un corps — tout prophète ou saint qu’on soit —, on ne peut quasiment pas se débarrasser de ses inconvénients parfois très terre à terre, comme la production de fluides et sécrétions divers, ni se purifier totalement du Shayt qui se cache dans le sang : c’est La Loi d’ALLAH ﷻ6.
1 L’arbre Zaqqum, tentaculaire, a des branches qui intéressent aussi bien le corps que l’esprit, et son premier usage a donc été pour le corps dont le Shayt a fait le travail d’entremise.
2 Il s’agissait, pour ALLAH ﷻ, de Se mettre en retrait (de Se voiler) et d’observer.
3 Nous avons longtemps pensé que TOUS les hommes avaient été créés de la lumière des saints, eux-mêmes issus du souffle des prophètes, eux-mêmes issus du cinquième état de la lumière muhammadienne ; en réalité, dès la création, ALLAH ﷻ a institué deux catégories d’hommes, distinguant les croyants obéissants voués au paradis des mécréants rebelles destinés à l’enfer : les esprits des premiers sont effectivement dérivés de la lumière des prophètes, du souffle desquels ils sont issus (ce qui les classe directement dans la catégorie des Awliya — desquels personne ne descend du coup — mais aussi des martyrs) ; et les Jinn des seconds sont, comme les Jinn des animaux, dérivés des anges créés du troisième état de la lumière muhammadienne.
4 Le « feu sans fumée » dont sont créés les Jinn renvoie à un état de luminescence, c’est-à-dire à un état de la lumière dont sont faits les anges ; tout cela n’étant qu’énergie — et par énergie il faut entendre La Pensée d’ALLAH ﷻ Qui Se manifeste (quand ALLAH ﷻ pense les anges, cela se manifeste par le troisième état de la lumière muhammadienne ; et de fil en aiguille, Sa Pensée passe des anges aux Jinn (Sa Pensée des seconds découle/dérive de Sa Pensée des premiers), et cela se manifeste par un feu sans fumée — c’est-à-dire un état de luminescence (la luminescence provenant de sources froides, qu’on distingue de l’incandescence provenant de sources chauffées).
5 Et on ne s’étend pas ici sur l’influence du Shayt jinnique sur les prophètes : par souci de synthèse, on fait la confusion des deux (Shayt du corps et Shayt de l’esprit) en les mettant dans le même panier.
6 Même si ALLAH ﷻ exonère parfois, pour les honorer et distinguer, certains de Ses Serviteurs vertueux des vicissitudes de la matière : ainsi peut-Il dispenser de la putréfaction — mais on sait aussi (entre autres exemples) que Muhammad ﷺ n’était pas sujet au disgracieux bâillement, et que son corps ne faisait pas d’ombre.





