بسم الله الرحمن الرحيم
Arrive inéluctablement ce moment du cheminement où, pour se rapprocher d’ALLAH ﷻ, il faut se détacher de Sayyidina Muhammad ﷺ : c’est le degré ultime de la proximité immédiate, celui où Sa Présence Envahissante n’admet même plus celle de Son Messager ﷺ : il a fait son travail, il doit désormais s’effacer afin que se réalise L’Unicité Parfaite.
Alors, pour celui dont le cœur s’était étroitement attaché à Muhammad ﷺ, c’est là le plus gros effort — celui du détachement qui consiste à l’exclure de ses adorations pour ne pas (ne plus) l’associer au Nom d’ALLAH ﷻ : plus de double attestation dans les appels à la prière, plus de mention du bien-aimé dans le Tashahhud — juste ALLAH ﷻ, Un et Unique.
C’est un peu le moment obligé (qui s’impose au croyant sans qu’il le demande) de la mort du tuteur, du Prophète ﷻ — comme le moment où on perd son dernier parent et où on devient orphelin : l’âge de la maturité où on se trouve non pas livré à soi-même, mais entièrement confronté à ALLAH ﷻ, et où on mesure tout le poids du Tawhid, toute la difficulté qu’il y a à n’adorer que LUI, sans le moindre associé — qu’il soit messager, prophète, saint…
Ce poids que n’a pas manqué de ressentir Sayyidina Ibrahim (la Paix soit sur lui), quand cette Loi exclusive et implacable lui imposa de sacrifier son fils — sa chair* ; cette Loi qui répond de la manière la plus totalitaire à celui qui a eu cette intention rare, cette intention sincère de Le connaître, et qui ne souffre aucune concession :
« Tu Me veux ? Soit ! Tu M’auras. Mais le prix à payer est tout ce qui, ici-bas, peut t’être cher, et est susceptible d’interférer avec Moi dans ton adoration : ta personne, tes biens, tes enfants… »
Et même Muhammad ﷺ — si c’est à lui que le cœur s’est attaché — doit disparaître et LUI laisser toute la place.
Car rien ne doit subsister que LUI — et prendre conscience de cette vérité, au-delà des mots qui sont simples à prononcer, procure le plus grand vertige qui soit : car s’il est facile de dire
لا إله إلا الله
l’éprouver est une toute autre affaire ; car cela fait de sa vie matérielle un champ de ruine, dans lequel on voit s’effondrer, s’anéantir l’une après l’autre toutes ces choses qui nous étaient chères, et qui n’étaient en réalité que des idoles (et si on n’arrive pas à les enlever de son propre chef, ALLAH ﷻ finit par nous les arracher).
Et la dernière idole à sacrifier, pour le musulman, c’est Muhammad ﷺ.
Ainsi soit-il.
* Et pour ne pas imposer ce dilemme à Muhammad ﷺ, ALLAH ﷻ, par Miséricorde, lui a directement enlevé ses fils sans lui demander de les sacrifier — et ses enfants en général à l’exception de Fatima Zahra, mais elle était plus qu’un enfant biologique et devait jouer un rôle occulte, dans la propagation de la lumière ; et certes Muhammad ﷺ n’a pas eu à faire ce choix impossible, mais contrairement à Ibrahim il s’est vu enlever ses enfants de son vivant — et définitivement car Ismaël fils d’Ibrahim n’est pas mort du vivant de son père, il est juste parti.





