بسم الله الرحمن الرحيم
Quand quelqu’un embrasse l’islam, il se trouve généralement livré à lui-même — surtout dans le monde occidental ; et, s’il est sincère, il va chercher à apprendre la religion par ses propres moyens — rôle normalement dévolu à la mosquée1 ; en cette ère connectée, son premier réflexe sera bien évidemment d’aller chercher l’information sur le Web — et là il va tomber sur tous les sites wahhabo-salafistes qui vont l’imprégner de leur vision rigide, froide, mécanique de la religion : car il est aisé de se laisser impressionner, voire intimider par ce discours sentencieux et coercitif, qui n’a de cesse de manier la menace ; en d’autres termes, la première approche de sa religion qui est transmise au néo musulman est une approche rude, une approche de l’interdit permanent qui fait de lui un paranoïaque bourré de TOC — car il va développer une véritable obsession pour tous ces interdits qui vont l’envahir et prendre à ses yeux une importance capitale, lui faisant perdre de vue ALLAH ﷻ : car pendant qu’on focalise sur la forme (sur ce qu’il faut faire par exclusion de ce qu’il ne faut pas faire2), on en oublie le fond et l’évocation d’ALLAH ﷻ.
C’est ainsi qu’on fait de la plupart des musulmans contemporains des robots névrosés, et qu’on dissuade les non musulmans d’adhérer à l’islam — et on peut voir dans ce travail de sape une véritable entreprise de sclérose de la religion visant à l’éteindre ; or, le Prophète ﷺ nous a bien recommandé de donner envie et de ne pas être des repoussoirs, dans un évident esprit de Daʿwa.
C’est pourquoi les questions de droit et de Shariʿa, qui portent sur des affaires d’ordre matériel, doivent être simplifiées au maximum par les savants : afin de ne pas dégoûter, elle ne doivent pas faire l’objet de longs discours techniques et méthodologiques — tellement rigides et attachés au détail qu’ils en deviennent grotesques voire ridicules ; il s’agit au contraire d’assouplir et de simplifier, dans l’esprit de La Loi, ces questions de jurisprudence, en leur apportant au cas par cas des solutions de facilité plutôt qu’en leur opposant des règles inflexibles au point qu’elles en deviennent parfois intenables — ce qui implique une nécessaire adaptabilité au contexte (quitte à donner des avis opposés sur une même question dans des contextes différents) ; hélas, l’image qui nous est donnée de la religion et de la Shariʿa par les savants salafistes est d’autant plus rebutante qu’elle élude les implications spirituelles, en mettant l’accent sur les aspects strictement matériels ; vouant aux gémonies et condamnant sans appel toutes les pratiques d’ordre spirituel, comme le Dhikr en groupe ou les danses3.
Or, c’est le rôle des savants, non seulement d’encourager toute intention de revenir à ALLAH ﷻ (quitte à ce que ces intentions se transforment en actions parfois étranges), mais aussi de soulager les croyants dans leur quotidien, en faisant preuve de souplesse, en leur donnant des dérogations sur certaines choses, en leur autorisant d’autres choses qui, prises isolément et hors contexte, seraient jugées illicites — et c’est là tout le sens de la Shariʿa bien comprise qui, loin d’être figée, intangible et intransigeante, est par essence l’art de la modularité et du compromis, et la loi de l’exception.
Car, dans l’absolu, tout est permis pourvu qu’on n’oublie pas ALLAH ﷻ.
- Hélas, la plupart des mosquées sont devenues de simples lieux de prière où on s’acquitte de ses obligations en la matière, mais la science les a désertées : l’imam ne joue plus ce rôle d’éducateur qui lui revient, ne dispense plus de leçons, et chacun se croise à la mosquée dans le plus parfait anonymat, en toisant généralement ses coreligionnaires avec dédain et en les jugeant. ↩︎
- Dans cette religion de l’interdit qu’est le wahhabo-salafisme, il va de soi que LA référence est l’interdit, à partir de quoi on développe une vision monomaniaque de l’islam, et à partir de quoi les « savants » délivrent des Fatawa qui ne relèvent que de leur interprétation subjective : autrement dit, il y a ce qui est interdit, et ce qui n’est pas interdit — mais quasiment rien de spécifiquement recommandé ou encouragé ; à tel point que tout ce qui n’est pas expressément validé comme non-interdit se voit implacablement frappé du sceau maudit de l’innovation, et qu’on en vient à confondre évolution avec innovation, tant cette obsession de l’interdit ferme l’esprit et amène à rejeter comme Bidʿa des choses relevant du bon sens élémentaire et de l’ordre normal des choses qui, même si elles n’étaient pas pratiquées par le Prophète ﷺ en son temps, s’inscrivent dans l’esprit et le prolongement de choses qu’il faisait à son époque. ↩︎
- On peut être légitimement réservé par rapport à ces pratiques, et même ne pas y adhérer pour d’évidentes raisons de sensibilité personnelle, mais il convient de garder l’esprit ouvert, et surtout d’appliquer le principe de bonne présomption quant-à l’intention qui préside à ces actions. ↩︎



