بسم الله الرحمن الرحيم
Si on se demande ce qu’est vraiment Ruh, il suffit de regarder un homme debout en prière — ou en inclination, ou en prosternation ; car Ruh, à la base, c’est exactement ça : cette façon de communiquer avec ALLAH ﷻ, de s’adresser à LUI, AU MOYEN DU CORPS.
On ne le rappellera jamais assez, mais c’est dans le corps adamique qu’a été insufflé Ruh, dans la statue d’argile sale : ce corps n’a été façonné qu’à cette fin, et Ruh est d’une certaine manière la « télécommande » par quoi il s’exécute ; et cela se traduit par cette gestuelle, cette gymnastique, qui consiste à faire — uniquement pour ALLAH ﷻ — des mouvements exclusivement dédiés à l’adoration ; gestuelle à laquelle aucune autre créature n’est programmée.
Et c’est au moment où un Jinni est associé à ce corps pour former le couple Nafs que tout part en vrille, que tout dérape (mais il s’agit d’un dérapage contrôlé) ; car ce Qarîn, qui logiquement devrait suivre le corps dans cette gymnastique à laquelle il est conditionné, va plutôt l’inciter, via son Shayt iblisien, à s’en détourner, et à s’attacher plutôt aux plaisirs et aux frivolités — et c’est ainsi que le corps, initialement sain(t), entraîné par ce compagnon encombrant, se retrouve à mentir, voler, forniquer, consommer des produits illicites…
Mais il se peut aussi que le Jinni, qui a hérité du Ruh via Nafs, devienne plus enclin à l’adoration que le corps, qui lui — inversement — a hérité du Shayt (toujours via Nafs) : c’est le cas classique d’inversion, qui voit le corps entraîner le Qarîn au péché, et le Qarîn entraîner le corps à l’adoration — car Nafs rebat le jeu initial et mélange tout.
Ainsi, bien malin qui peut dire, en voyant un homme en prière et à moins d’un œil exercé au détail, si c’est son corps qui est le moteur, l’initiateur de cette adoration, ou si c’est son Qarîn :
- en vérité, si le corps est maladroit, emprunté, manque de fluidité dans les enchaînements, c’est qu’il subit la prière et qu’il est poussé par le Qarîn : il traîne la patte ;
- s’il se meut comme un robot, dans un enchaînement certes parfait mais trop mécanique pour être honnête, c’est qu’il est seul à accomplir la prière et que le Qarîn se contente de suivre — sans pour autant s’opposer ;
- s’il commet des erreurs manifestes, c’est que le Qarîn l’entraîne avec lui dans sa distraction, pensant à tout sauf à ALLAH ﷻ ;
- mais s’il semble totalement absorbé par sa prière, éteint dans le Khushuʿ, c’est que toute la Nafs — corps et Qarîn confondus — est à ALLAH ﷻ : les gestes, spontanés, ne semblent pas réfléchis mais naturels, tendant vers leur Objet, et le corps et l’esprit sont parfaitement synchronisés et réunifiés dans La Présence d’ALLAH ﷻ.
Mais à la base, Ruh, c’est le corps : c’est cette chorégraphie, en apparence exécutée par l’homme mais en vérité accomplie par ALLAH ﷻ interposé — car « ALLAH ﷻ S’interpose entre l’homme et son cœur »1, et C’est LUI Qui S’adore ; autrement dit, dès lors que son libre arbitre l’incline à se soumettre, l’homme subit (plus ou moins de bonne grâce selon son degré spirituel, comme il subit sa respiration ou les battements de son cœur) cette gestuelle qu’il porte en lui, dans ses gènes, comme tout autre acte d’adoration — du jeûne à l’aumône en passant par le sacrifice ; et aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est parfois le Jinni — normalement programmé à la désobéissance, mais qui a appris à adorer ALLAH ﷻ et s’est soumis au contact du corps dans le cadre de Nafs, qui s’est étroitement lié à Ruh — qui rappelle à ce dernier cette mécanique relevant de la Fitra2, et l’incite à l’exécuter.
Et si un homme délaisse la prière et les adorations, tout en restant croyant et soumis, c’est que son Qarîn est converti, mais qu’il n’a pas la force d’entraîner son corps : le corps ne suit plus l’esprit, le Ruh a totalement glissé de lui au Qarîn hélas impuissant à le mouvoir, car le Shayt, qui a glissé du Qarîn à lui, le neutralise par un Waswas qui l’empèse et le rend paresseux.
1 Entre le cœur siège de Nafs et le corps, il y a Ruh par quoi ALLAH ﷻ transmet Ses Ordres : même si Ruh se fond dans Nafs, et que souvent ALLAH ﷻ S’y efface à dessein (Se voile) en neutralisant certains aspects de Ruh, Il reste Souverain et prédomine sur Nafs ; ainsi peut-Il commander la prière au corps (qui s’exécute automatiquement) sans que la partie jinnique de Nafs ne soit vraiment impliquée : ce qui explique ce décalage qu’on peut fréquemment constater entre un corps en prière et un esprit absent, neutre, avec pour résultat une prière de robot, sans le Dhikr (qui est l’esprit) ni la sincérité Ikhlâs (qui est l’esprit de l’esprit) ; inversement, quand l’esprit est à la prière mais que le corps (qui est peut être fatigué, ou amoindri) se contente de suivre, on a une prière laborieuse et maladroite ; mais quand l’esprit distrait n’est pas du tout à la prière, il interfère dans celle du corps et la perturbe au point de l’altérer.
2 Les actes d’adoration, dans tous les cas, nécessitent un (ré)apprentissage, car ALLAH ﷻ veut qu’ils soient transmis par les hommes dans le monde matériel : d’où cette étape initiatique qui consiste à réveiller une science dont on sent bien qu’elle est profondément naturelle quand on l’exerce avec sincérité, mais qui exige d’être formellement enseignée ; et une fois cette connaissance (ré)assimilée par le corps, le Qarîn est censé suivre — mais comme on l’a précédemment, évoqué c’est un peu plus compliqué que ça : parfois il ne suit pas, parfois c’est lui le moteur ; et tant qu’un homme ne ressent pas ses actes d’adoration comme quelque chose de naturel, relevant de la pure Fitra, tant qu’il les ressent comme une contrainte, c’est que son âme n’est pas encore tout à ALLAH ﷻ : il doit encore cheminer.





