بسم الله الرحمن الرحيم
Le corps dépasse de loin la seule dimension matérielle de chair et d’os, qui correspond au Nasut, que nous lui connaissons1 — et même, sa dimension spirituelle précède largement cette dimension matérielle : il a été présenté aux anges, sous sa forme strictement adamique (alors qu’il n’était animé que du Ruh), dans le Jabarut ; et il a mangé de l’arbre, déjà sous sa forme nafsique (il avait été accouplé à son Jinni Qarîn), dans le Malakut : dans ces deux dimensions (Jabarut et Malakut) le corps relevait davantage de la représentation conceptuelle (de la chose pensée, imaginée ; de l’image qui précède la réalisation effective ; de la vision onirique…) que de la manifestation terrestre, avec tout ce qu’elle implique en termes de crudité (production d’odeurs et de matières, sécrétions diverses…)
Le corps, comme représentation conceptuelle, comme chose pensée et imaginée par ALLAH ﷻ, a donc D’ABORD une réalité spirituelle — et cette réalité spirituelle du corps, non seulement ne disparaît jamais, mais encore survit à son éphémère dimension matérielle qui connaît le vieillissement, la dégradation, le pourrissement, la décomposition.
Ainsi, si les sensations du monde sensible par le corps, qui caractérisent sa phase matérielle, finissent par disparaître, sa représentation ne disparaît jamais : déjà, le Jinni/esprit seul, avant d’épouser ce corps, a sa propre représentation — savoir : son image de synthèse2 dont héritera le corps, quand il lui sera associé, dans le cadre de Nafs ; quant-à la représentation du corps, contrairement à sa manifestation effective, elle est très sommaire, moins détaillée, superficielle, et correspond aussi à une image globale — celle-là même qui survivra au corps matériel et qui n’est jamais que le corps adamique3.
Et Nafs n’est jamais, en termes de représentation, que le mélange, la synthèse de l’image du Jinni/esprit avec la silhouette du corps adamique.
Et au moment du décès, c’est cette synthèse de représentation nafsique que l’ange de la mort extrait de la dimension strictement matérielle du corps et qui intègre le tombeau spirituel, quand le corps de chair se décompose dans la tombe matérielle4 — ou, d’un point de vue spirituel, ce sont les sensations du monde sensible caractérisant le corps physique qui sont extraites (dans la douleur) de Nafs : la dimension sensible (au monde matériel) du corps est séparée de sa représentation mentale qui demeure (avec des sensations plus éthérées, de l’ordre de ce que l’on ressent en rêve) ; se retrouvent alors dans la tombe, réunis en tant qu’unité de représentation nafsique — c’est-à-dire comme synthèse consciente à la fois de sa représentation adamique (sa silhouette corporelle) et de sa représentation jinnique (son image) —, le corps adamique et son Qarîn, mais sans les sensations du corps en relation avec le monde matériel ; et c’est notamment dans cet état, qui scelle son retour (dans les affres de l’agonie) à la dimension spirituelle, que le serviteur, dans son sépulcre, traverse le Barzakh et connaît éventuellement les tourments de la tombe — et c’est sensiblement le même état qu’au moment de la consommation de l’arbre.
Mais c’est aussi dans cet état nafsique qu’il intégrera soit le paradis (avec les sensations du paradis), soit l’enfer (avec les sensations de l’enfer) — et c’est ainsi que vont en enfer ou au paradis, solidairement et main dans la main, les deux éléments du couple nafsique : les hommes (corps) accompagnent les Jinn/esprits, car l’au-delà n’est pas destiné qu’aux seuls esprits, il est destiné aux Anfus entendues comme couples de corps adamiques et de Jinn/esprits5.
1 Et pour cause : nous évoluons dans cette dimension et voyons le corps y évoluer (d’ailleurs nous ne voyons que lui, et certainement pas le Jinni/esprit) — donc nous ne lui connaissons que cette dimension terrestre, par défaut.
2 En fait l’image de la face, du visage, par laquelle on reconnaît l’individu dans l’absolu : une image intemporelle qui le représente dans l’au-delà quand l’image l’image faciale dans l’ici-bas, variable mais évoluant sur la base de l’image de synthèse, connaît plusieurs états liés au cycle de la vie biologique — même s’il arrive un moment précis de la vie matérielle (qui est l’âge de la maturité déterminé par ALLAH ﷻ) où l’état du visage correspond précisément à l’image de synthèse, où il se synchronise avec cette représentation jinnique/spirituelle.
3 Quand le corps adamique est présenté aux anges, il ne l’est pas dans le détail de son anatomie car il ne s’agit pas d’un cours de dissection ; cette réalité anatomique, qui recouvre toute la mécanique biologique, toute la « tuyauterie » intérieure, toute la complexité du squelette dans son assemblage, relève d’abord de La Science d’ALLAH ﷻ et de Ses Secrets de fabrication, puis du monde matériel qui verra les hommes confrontés à ce qu’elle a à la fois de merveilleux et de trivial — voire de gore ; car c’est là, dans le Nasut, qu’elle se manifeste, et qu’ALLAH ﷻ a progressivement enseigné aux hommes, au fil des siècles, ce qu’ils ne savaient pas de ces sciences de la biologie, de l’anatomie, de la médecine… Quant-à leur gratitude pour cet apprentissage, c’est une autre histoire…
4 Il convient de ne surtout pas confondre le tombeau tel que nous le connaissons dans le monde matériel avec le tombeau dans sa dimension spirituelle, qui n’est que l’endroit où le défunt résidera dans le monde intermédiaire en attendant le Jour du Jugement ; cet endroit peut-être, comme nous en informe le Prophète ﷺ, soit un des jardins du paradis, soit un des fossés de l’enfer — c’est-à-dire qu’il peut s’agir, selon les mérites du locataire, d’un lieu de villégiature des plus agréables comme d’une geôle des plus pénibles ; et il va de soi que cet endroit ne correspond pas, dans tous les cas, au trou que nous voyons dans le monde matériel (qui, lui, sert simplement à déposer le corps de chair afin qu’il s’y décompose), mais à une alter-réalité parfaitement invisible pour les « vivants » — bref, à une autre dimension.
5 Et c’est ainsi qu’ALLAH ﷻ nous informe avoir « destiné pour l’enfer beaucoup de Jinn et d’hommes » : il aurait pu dire « Nous avons destiné pour l’enfer beaucoup d’Anfus », mais il était important de marquer la distinction pour bien faire comprendre que c’est une dualité (homme ET Jinni/esprit) qui intègre l’au-delà — et pour l’enfer il s’agit bien d’une dualité formée d’un homme et d’un Jinni, car n’intégreront normalement le paradis que les couples constitués d’un homme et d’un pur esprit issu du souffle d’un prophète ; quoiqu’il en soit, on ne se débarrasse pas aussi facilement de son Qarîn, qui nous suit, nous accompagne jusque dans notre dernière demeure.





