بسم الله الرحمن الرحيم
Chaque Shaykh (du Tasawwuf) crée, autour de sa personne, une religion dans la religion de Muhammad ﷺ, qui est elle-même une religion dans La Religion d’ALLAH ﷻ.
Et par cet emboîtement de poupées russes, on s’éloigne toujours plus d’ALLAH ﷻ.
On admet tout de même comme légitime la religion de Muhammad ﷺ, en ce qu’elle est la plus proche de La Religion d’ALLAH ﷻ et de sa manifestation initiale qu’est la pratique d’Ibrahim, qui se résume à sa déclaration (2:131) :
« Je me soumets au Seigneur des mondes »
Et même si la religion de Muhammad ﷺ est personnalisée par des formules qui renvoient à sa personne (dans les deux appels à la prière, le Tashahhud…), et qu’on aimerait revenir à une religion plus dépouillée, purgée de ces formules qui renvoient à autre qu’ALLAH ﷻ (même s’il s’agit de Son Messager ﷺ, et malgré tout notre amour pour lui), nous n’avons aucune légitimité pour réformer une religion établie par un envoyé — quand bien même il s’agirait de la purger d’un certain surplus et de revenir à une pratique exclusivement centrée sur ALLAH ﷻ.
Et pourtant, nous considérons qu’une telle réforme s’imposerait de nos jours, dans un souci d’universalisation de l’islam qui consisterait non seulement à le purger des aspects de la personnalisation muhammadienne, mais encore à le limiter aux seuls aspects de la tradition primordiale (prière, jeûne, aumône…)
La prière consisterait certes en récitation coranique (le Coran étant le dernier livre révélé, exempt de toute retouche humaine — ce qui impliquerait donc une reconnaissance universelle du Coran comme texte de référence), mais dans la langue maternelle du prieur (de manière à ce que chaque nation puisse se l’approprier, sans se sentir étrangère à ce rituel, et dans un souci de meilleure compréhension des versets) ; reprendrait les piliers de la prière muhammadienne (inclination, prosternation…), mais sans référence à Muhammad ﷺ (de manière à ce que le cœur ne soit orienté que vers ALLAH ﷻ, et que tout le monde s’y retrouve — à commencer par les gens issus des autres traditions).
On part du principe que le message qu’est le Coran est plus important que son porteur (le messager, qui n’est qu’un homme et un envoyé parmi d’autres), et qu’il scelle la religion islamique telle qu’inaugurée par Ibrahim et confirmée par tous les autres envoyés ; or, l’islam muhammadien a déplacé l’importance du message vers le messager, pour insidieusement dériver vers une forme d’adoration qui ne se s’avoue pas, dans une espèce de déni honteux ; il convient donc de revenir à une religion universelle qui ne s’appuierait que sur Ce Message Divin Universel qu’est le Coran (et donc reviendrait au Seul Divin), et remettrait Muhammad ﷺ à sa place de messager parmi les autres — au même rang qu’Ibrahim, Moïse, Jésus (la Paix soit sur eux tous)…
Car si on enlève de la religion les références à Muhammad ﷺ, c’est non seulement pour la recentrer sur ALLAH ﷻ, mais encore parce qu’il nous est interdit, en tant que musulmans (comme le prescrit le Coran), de faire la moindre distinction entre Ses Messagers ; et citer Muhammad ﷺ, dans les adorations (et Ibrahim, aussi, dans la Salât Ibrahimiyya), à l’exclusion des autres messagers, revient à opérer une distinction de poids qu’on ne peut tout simplement pas se permettre.
Et cela revient, d’une certaine manière, à exclure les gens des autres traditions, car on sait que les traditions se cristallisent autour des envoyés ; et si on veut rassembler, relier, unifier, il est absolument nécessaire que chacun se retrouve dans une religion universelle qui transcende les traditions (qui les coiffe, les surplombe), sans distinguer un messager en particulier — donc neutre en la matière (après, libre à chacun, en son for intérieur, d’avoir une affinité particulière avec un envoyé en particulier — que ce soit Jésus, ou Moïse, ou Muhammad ﷺ…)
Et cette religion universelle ne peut être que la tradition primordiale — c’est-à-dire l’islam agréé par ALLAH ﷻ, avec pour référence universelle Son Dernier Livre qu’est le Coran, qui vient sceller la Révélation dans sa globalité et la synthétiser ; et il n’y aura de tradition primordiale que quand chacun aura reconnu le Coran comme référence ultime — et non pas Muhammad ﷺ comme leader des envoyés, car cela ne peut entraîner que division entre ceux qui l’idolâtrent, et ceux qui n’ont de cesse de le rejeter parce qu’ils ne reconnaissent que « leur » messager, « leur » messie (venu ou à venir).
Et c’est ainsi, en faisant fi des créatures que sont les envoyés pour ne considérer que Le Créateur, en se concentrant sur le tronc commun des religions (sur ce qui est censé les rapprocher comme la prière, le jeûne, l’aumône — et pourvu qu’on accepte, en matière de descente de livres, la chronologie voulue par ALLAH ﷻ et l’ordre imposé par LUI, et donc qu’on reconnaisse que le Coran est Son Dernier Livre envoyé aux hommes comme synthèse et référence), qu’on règle ce problème de concurrence entre les traditions, qui sont plus des vecteurs de division et de dispersion, dans leur dimension « prophéto-centrée », que de ralliement et de réunification autour du Dieu Unique — ALLAH ﷻ.





