بسم الله الرحمن الرحيم
On a déjà évoqué le fait que l’enfer et le paradis n’étaient pas des stations spirituelles sur l’axe vertical de la spiritualité, mais des destinations finales (des terminus) sur l’axe horizontal du destin ; et même, on a conclu qu’on pouvait parfaitement être destiné à l’enfer et s’y acheminer inexorablement, tout en conservant la faculté de s’élever spirituellement — aussi paradoxal que cela puisse paraître.
Cette duplicité de cheminement est une constante de la vie matérielle, et il convient de s’y attarder :
- D’une part, on a le « chemin de vie » tracé par ALLAH ﷻ — et c’est le destin : c’est, sur un plan horizontal, le parcours déterminé qui nous est assigné, qu’on a à suivre, et qui mène inéluctablement à la destination qui nous est fixée par ALLAH ﷻ — enfer ou paradis ; on est là dans une dynamique à sens unique, qu’on ne contrôle pas. (Au-delà de ce résumé volontairement simpliste, le cheminement horizontal est un peu plus complexe qu’une ligne droite qu’on a à suivre bêtement d’un bout à l’autre : déjà, on ne voit pas la destination, on ne la connaît pas — et rien que ça, ça change la donne ; et le chemin n’est pas si droit mais s’apparente davantage à un labyrinthe, où on a en permanence à opérer des choix de direction, bons ou mauvais, dont le bilan comptable est censée vérifier le destin : c’est comme une succession de pièces, correspondant à autant de situations de la vie matérielle, « décorées » avec un contexte, une ambiance, des sensations…, avec dans chacune — outre la porte par laquelle on est entré — une porte à droite correspondant au bon choix conforme à La Satisfaction d’ALLAH ﷻ, et une porte à gauche correspondant au mauvais choix contraire à La Satisfaction d’ALLAH ﷻ1 ; et ces portes ouvrent chacune sur une nouvelle pièce, avec une porte à droite et une porte à gauche — et ainsi de suite jusqu’à la pièce finale correspondant soit à l’enfer, soit au paradis.)
- D’autre part, on a (tout au long de ce cheminement horizontal), le cheminement spirituel : c’est, sur un plan vertical, le choix qu’on a de s’élever vers ALLAH ﷻ (vers La Lumière), ou de sombrer vers le Shayt (vers les ténèbres) ; on est là dans une dynamique à double sens, sur laquelle on a un certain contrôle car elle relève pleinement du libre arbitre, qui nous permet ainsi de monter et de descendre au gré de nos intentions successives. (Pour reprendre la métaphore des pièces, le cheminement spirituel, c’est le choix très simple qu’on a de regarder, soit en bas, au sol, où rampent les vipères du Shayt — on est alors dans la rébellion manifeste ; soit tout autour de soi où se trouve le décorum — on est alors dans l’oubli car on se laisse distraire et influencer par le Zina ambiant ; soit au-dessus, au ciel, où rayonne La Lumière d’ALLAH ﷻ, et où se trouvent Ses Versets qui indiquent, comme une boussole, la voie droite, le chemin à suivre : on est alors dans la soumission, la crainte, et l’obéissance.
Sa vie durant, on est soumis à ce double cheminement, et on pourrait se dire que les deux sont censés correspondre parfaitement et suivre une évolution proportionnelle : en toute logique, quiconque est destiné au paradis ne peut que s’élever vers La Lumière (ou quiconque s’élève vers La Lumière ne peut que finir au paradis) ; et quiconque est destiné à l’enfer ne peut que plonger dans les ténèbres (ou quiconque plonge dans les ténèbres ne peut que finir en enfer) ; ainsi, selon ce postulat :
- Si on est un rebelle destiné à l’enfer, Nafs2 regardera systématiquement au sol, où le serpent Shayt rampe toujours du côté des portes de gauche pour les désigner : ainsi s’acheminera-t-on, à force de pousser en conscience ces portes de La Désapprobation d’ALLAH ﷻ (qui deviennent de fait les portes de la désobéissance), vers l’enfer auquel on est destiné.
- Si on est un oublieux destiné à l’enfer, Nafs2se laissera guider par les chuchotements insidieux de son Shayt qui lui embellira le décor et le contexte des ces pièces, et elle se laissera subjuguer par tout cela, oubliant de lever la tête vers ALLAH ﷻ, maintenue au ras des pâquerettes ; ainsi à son plus bas degré, soumise à son mauvais conseiller, il y a de fortes probabilités pour qu’elle choisisse plutôt les portes de gauche : alors on s’acheminera tranquillement, à force de pousser ces portes du Mécontentement d’ALLAH ﷻ (devenues les portes de la distraction), vers l’enfer auquel on est destiné.
- Si on est un croyant obéissant destiné au paradis, Nafs3 ne perdra pas de vue Le Ciel Divin, Dont La Lumière l’accaparera, détournant ainsi son attention des décors trompeurs de ces pièces, mais aussi de la reptation et du murmure du Shayt ; ainsi élevée à son plus haut degré, bien guidée, elle choisira sans faillir les portes de droite (devenues les portes de la soumission) : alors on s’acheminera directement au paradis.
Mais c’est loin d’être aussi simple, car si le cheminement horizontal nous soumet à son inexorable rigueur, nous confrontant aux choix de notre destin, le cheminement vertical nous laisse toujours la possibilité, quant-à lui, de donner une impulsion dans un sens ou dans l’autre — et ce indépendamment du premier4 :
En effet, l’homme, dans l’absolu, a cette faculté exclusive, par son libre arbitre souverain, et par le Ruh (mais par Permission d’ALLAH ﷻ dans tous les cas, et moyennant une intention sincère), de pouvoir se tourner vers ALLAH ﷻ en toutes circonstances — même en étant destiné à l’enfer5 ; et même au cœur de la fournaise, on conserve la faculté, en levant les yeux avec une intention sincère, et par Sa Permission, de distinguer Sa Lumière et d’élever Nafs vers Elle — ce qui a bien évidemment pour effet de rendre insensible au contexte infernal ; ainsi n’est-il pas si rare de voir des saints destinés à l’enfer (et pas nécessairement par punition mais pour y évoquer et rappeler ALLAH ﷻ) qui, tout en le sachant, restent imperturbables quant-à leur intention de demeurer en Sa Présence ; ainsi n’est-il pas si rare de voir des pécheurs invétérés qui, sachant pertinemment que la mise en balance de leurs actes les mènera en enfer, ne peuvent s’empêcher de L’aimer et Le désirer ; il est bien évident que, tous ceux-là qui L’aiment et Le désirent, ALLAH ﷻ Qui connaît cet amour et ce désir ne va pas les priver de cette faculté de s’élever vers LUI ; il est bien évident qu’il va maintenir en eux ce lien spécifique, ce lien muhammadien qui leur permet et leur permettra de réaliser leur intention de Le retrouver — car tout cela ne dépend que d’une intention sincère.
Aussi, qu’importe la destination sur le plan horizontal : elle ne doit être ni une obsession, ni une fin en soi, et on doit simplement s’efforcer, ici-bas, de faire de son mieux ; et, dans tous les cas, de ne pas L’oublier.
Qu’importe la destination, pourvu qu’on ne se laisse pas détourner de LUI, de Sa Face.
Qu’importe le lieu où on se trouve et où on se trouvera : aucun ne LUI échappe, car « Il est avec vous où que vous soyez ».
Et pourvu qu’on n’ait de cesse de Le désirer, d’avoir cette intention chevillée au corps, on peut être en Sa Présence même en enfer : et en Sa Présence, même l’enfer et le paradis s’effacent pour ne laisser place qu’à Sa Lumière.
1 Cette binarité droite-gauche du choix de la porte à ouvrir, de la direction à emprunter, est bien sûr symbolique, mais en réalité c’est loin d’être aussi simple, aussi clair, aussi tranché : si certains choix sont évidents, parce que le bien et le mal y apparaissent clairement (on distingue parfaitement la droite de la gauche), il est des situations où rien dans les apparences immédiates ne permet de les distinguer ; et si on veut filer la métaphore et se projeter dans une de ces pièces censées représenter les situations de la vie, il faut s’imaginer que, par un effet de voilement produit par le contexte, le décor, les émotions ressenties, les influences contradictoires, les directions droite et gauche (le bien et le mal) sont brouillées, de manière à désorienter — et c’est comme quand on fait tourner une personne sur elle-même après lui avoir bandé les yeux en jouant à colin-maillard ; car si on pouvait toujours distinguer instantanément la porte de droite de la porte de gauche, la porte du bien de la porte du mal, ça serait trop facile, on n’aurait plus qu’à pousser la porte correspondant à son orientation spirituelle, à son intention ; mais droite et gauche sont voilées, brouillées : on ne voit confusément que deux portes qui tournent l’une autour de l’autre dans l’espace comme dans un rêve éthylique, et il convient de produire un effort minimal de réflexion — d’interroger son fond de foi ou de mécréance, sa morale, ses valeurs, son intention, d’analyser le contexte, et de mettre tout cela en balance — pour choisir entre les deux, car dans tous les cas on ne peut pas rester indéfiniment dans cette pièce et une décision s’impose ; et c’est ainsi que, même des êtres fondamentalement maléfiques et mal intentionnés, arrivent à se tromper et à ouvrir la porte de droite — mais l’action ne vaut que par l’intention.
2 Quand on dit « Nafs », il ici s’agit de tout ce conseil d’administration composé du PDG-Qarîn flanqué de son assistant-Shayt, du DRH-corps lui-même assisté de son Shayt, et de tous ces consultants extérieurs que sont les autres Anfus d’autres hommes (amis, collègues…), et même éventuellement de quelques Jinn éthérés qu’on aura gracieusement invités à la fête ; mais comme il s’agit d’une Nafs d’un rebelle, ou d’un oublieux, Le Roi-Esprit Divin, conformément à son choix, S’est effacé de cette assemblée, bridant le Ruh à la seule transmission du film/jeu de la vie matérielle — c’est-à-dire : le neutralisant quasiment dans sa vocation d’élévation spirituelle.
3 Nafs, ici, n’est plus cette assemblée grouillante qui croit pouvoir se permettre de délibérer sans Le Roi, elle n’est plus que le mariage d’un Jinni Qarîn et d’un corps adamique dont les souffles diaboliques respectifs ont été neutralisés : tirée vers Le Haut via le Ruh du corps — et c’est justement pour obliger le Jinni à ne pas le négliger (à le soumettre aux adorations, à le purifier, à le faire prier et jeûner…) que le Ruh est précisément attaché à son conjoint matériel —, elle ne connaît plus que l’influence de L’Esprit Divin ; car le Ruh est entièrement débridé, ALLAH ﷻ lui faisant jouer à plein son rôle de lien actif LUI : le flux montant est ouvert, par quoi Nafs peut LUI parler, L’évoquer, L’invoquer, Le prier, Le supplier, se confier à LUI ; et le flux descendant ne sert plus seulement à envoyer les sensations de la vie matérielle, il sert aussi à ALLAH ﷻ, via un sous-flux spécialement dédié, à Se manifester clairement, à inspirer à Nafs sa foi, sa piété, sa crainte, son amour, son écoute attentive de Ses Messagers…
4 Même si, par une espèce de déterminisme, les deux se suivent généralement ; car il est bien évident qu’un rebelle ou un oublieux destiné à l’enfer, conditionné par ses actes successifs de mécréance ou son oubli, n’inclinera pas naturellement à s’élever vers ALLAH ﷻ : il se dira que les jeux sont faits et continuera de dévaler la pente ; et qu’un croyant destiné au paradis, par sa piété et ses actes de foi, inclinera encore moins à se laisser tenter par son Shayt et à chuter vers lui.
5 Tout comme il conserve, dans l’absolu, la faculté de LUI tourner le dos en étant destiné au paradis — et c’est ainsi que l’homme, d’une certaine manière, peut faire un pied de nez à son destin, le « contrarier ».





