بسم الله الرحمن الرحيم
Certaines personnes ont une bonté naturelle, faite de bienveillance, de douceur, de gentillesse, de serviabilité, de générosité, d’empathie, et on pourrait être tenté de penser qu’il s’agit là de l’expression de leur foi — de leur Ruh ; or, il se trouve que l’immense majorité de ces personnes ne sont pas croyantes — alors que certains croyants, en contrepartie, ont un caractère rude, abominable.
C’est tout simplement que cette bonté ne vient pas de Ruh : il s’agit du caractère personnel relevant du proprium et attaché au Jinni : c’est ainsi qu’on peut être bon, mais avoir un Ruh neutralisé et ne pas être croyant ; en revanche, Ruh1 peut être ouvert chez des personnes dotées d’un caractère épouvantable — ce qui fait qu’on peut être croyant et pas très agréable à vivre, pas très sympathique, et même plutôt dur (Sayyidina ʿUmar, à la base, dans les premiers temps de sa conversion et avant de parfaire sa foi jusqu’à l’Ihsan, était connu pour sa dureté).
Il s’agit donc de distinguer la bonté relevant de l’esprit personnel (du Jinni) comme élément du caractère, de celle relevant de Ruh, qui résulte d’un travail de cheminement spirituel et d’un effort de purification2 : c’est ainsi qu’on sait que la bonté de ceux qui ne croient pas, qui rejettent ALLAH ﷻ, est une une bonté de caractère, et que l’antipathie que peuvent dégager certains croyants témoigne d’un cheminement spirituel balbutiant, voire pas initié du tout : leur Ruh est ouvert par La Grâce d’ALLAH ﷻ, mais il leur reste à produire l’effort de purification, de réforme personnelle, par quoi ils finiront par transformer leur mauvais caractère en bonté pour ALLAH ﷻ, par se transcender pour atteindre l’excellence (Al-Ihsan).
Car Al-Ihsan, qui est la vraie bonté (la bonté de la foi), n’est pas innée, elle s’acquiert, se mérite, et se porte comme le trophée d’un Jihad réussi — le Jihad Al-Akbar, le plus grand Jihad : celui contre soi-même ; et on sait que cet effort (ce Jihad) ne se peut amorcer sans maître éducateur ; et il est faux de penser que tout homme porte en lui cette lumière : ainsi, quand ALLAH ﷻ dit : « Et sachez que Le Messager d’ALLAH ﷻ est en vous… », il ne s’adresse pas à tous les hommes mais aux croyants dont l’esprit (le Jinni) est créé du souffle d’un prophète ; quant-aux bons qui rejettent ALLAH ﷻ, leur bonté est vaine, car relevant d’un déterminisme plutôt que d’une intention tournée vers ALLAH ﷻ : ils sont spontanément bons parce qu’ils ont été dotés d’un bon caractère, pas pour ALLAH ﷻ — et comme l’action ne vaut que par l’intention, leurs œuvres de bonté sont vouées à la perte ; ce sont donc de faux bons3.
Car qu’importe à ALLAH ﷻ qu’on fasse le bien gratuitement — c’est-à-dire sans le faire pour LUI, sans intention tournée vers Sa Face : Il n’a créé les Jinn et les hommes que pour qu’ils L’adorent, et ils ne doivent faire le bien que pour LUI, comme témoignage de leur adoration ; et celui qui croit mais sans faire le bien pour LUI, qui n’a pas corrigé son mauvais caractère et ses mauvais comportements, n’a fait que se mettre sur le chemin4 sans avoir réellement avancé ; car la vraie foi, l’aboutissement de la foi, c’est bien Al-Ihsan : devenir bon et faire le bien pour ALLAH ﷻ.
(Il faut bien comprendre que le flux montant de Ruh, qui établit le lien du serviteur avec ALLAH ﷻ et pose les bases de la foi, qui permet au serviteur de s’adresser à son Créateur, n’a rien à voir avec les traits de caractère — comme la bonté ou la mauvaiseté — liés au Jinni par ALLAH ﷻ comme attributs du proprium : ça n’est donc pas Ruh qui rend bon comme cause première et systématique de bonté, ou le Shayt qui rend mauvais comme cause première et systématique de mauvaiseté — même si l’un et l’autre peuvent influer secondairement sur ces traits de caractère, voire les inverser ; toutefois, si Ruh n’est pas cause première de bonté mais du lien montant avec ALLAH ﷻ, certains bons comportements isolés peuvent être considérés comme des reliquats de la Fitra, qui ne disparaît jamais complètement et laisse des traces : c’est ainsi qu’on peut observer, chez des individus irrémédiablement mauvais qui cumulent emprise totale du Shayt et mauvais caractère, des éclairs de miséricorde qu’on ne peut attribuer ni à un bon caractère ni à la foi, et qui ne peuvent s’expliquer qu’ainsi — par la Fitra résiduelle ; chez les bons de caractère, il est toutefois plus difficile de distinguer la bonté qui relève du proprium de celle qui reste de la Fitra originelle — mais les deux sont bien présentes ; chez les Muhsinin réalisés, Al-Ihsan confond toutes les bontés : bonté de la foi résultant du Jihad, Fitra résiduelle (comme la mer recouvre la flaque qu’elle avait laissée à marée basse), et bonté de caractère s’ils en sont préalablement dotés — sinon elle réduit leur mauvais caractère, par substitution pour le plus gros et par dilution pour le reste, comme ce fut le cas chez Sayyidina ʿUmar le dur.)
- Par Ruh, on parle ici du flux montant du canal muhammadien, qui fait qu’on a la conscience positive du Divin et qu’on est tourné vers LUI. ↩︎
- Quand on dit que cette bonté relève de Ruh, il faut comprendre qu’elle relève d’ALLAH ﷻ, car c’est LUI Qui contrôle Ruh : ainsi, si le serviteur doit produire l’effort de se réformer comme cause d’une intention sincère, c’est bien ALLAH ﷻ Seul qui, via le canal muhammadien de Ruh alimenté par les anges (et ici il s’agit du flux descendant, qui répond au flux montant), le transforme progressivement en croyant bienveillant, doux et miséricordieux — comme Il a fait de l’intraitable ʿUmar un saint à la larme facile. ↩︎
- Ces bons se reconnaissent facilement au fait qu’ils disent ne pas être croyants, qu’ils revendiquent et assument leur mécréance — et il convient de s’en écarter dès qu’ils l’ont ainsi professée, clairement et sans ambiguïté ; quant-aux croyants dénués de bonté, parce que non éduqués au Jihad Al-Akbar, on n’aura de cesse d’invoquer pour eux la guidance, et donc qu’ALLAH ﷻ mette sur leur chemin un Murshid ; tout comme on l’invoquera pour les bons qui doutent, les bons parmi les agnostiques qui n’ont pas encore définitivement tourné le dos, en conscience, à ALLAH ﷻ. ↩︎
- En réalité ALLAH ﷻ l’a mis sur la voie, et il s’est soumis, il a accepté. ↩︎

