SUR LES NOTIONS DE RUH, NAFS, ESPRIT PERSONNEL, JINN(I), QARÎN, SHAYT(AN), RAHMAN, RAHIM…
بسم الله الرحمن الرحيم
De l’esprit personnel au Jinni Qarîn
L’esprit personnel (doté d’un nom générique et d’une image de synthèse, qu’on voyait jusque-là comme la variable oscillant de l’âme instigatrice du mal à L’Esprit Divin), est en réalité le Jinni ; mais il existe plusieurs catégories de Jinn, issues de plusieurs déclinaisons de la lumière muhammadienne — même si globalement elles dérivent des anges :
Ainsi, on a certains Jinn (extrêmement puissants) qui sont extraits des anges majeurs1 issus du premier état de la lumière muhammadienne — l’état de proximité (et ces Jinn sont alors eux-mêmes dérivés du premier état de la lumière muhammadienne, mais de façon subalterne : ils sont une sous-catégorie des anges majeurs).
On a d’autres Jinn (la majorité en fait) qui sont quant-à eux extraits des anges mineurs issus du troisième état de la lumière muhammadienne — l’état de crainte (et ces Jinn sont alors eux-mêmes dérivés du troisième état de la lumière muhammadienne, mais de façon subalterne : ils sont une sous-catégorie des anges mineurs).
Mais on a d’autres Jinn encore (124 000 très précisément), issus quant-à eux du cinquième état de la lumière muhammadienne — l’état de pudeur — sous forme de gouttes (124 000, donc), et qui sont rien moins que les esprits des prophètes/envoyés : de ces Jinn esprits des prophètes/envoyés (de leur souffle plus précisément) sont issus les esprits des saints et des pieux, et des esprits des saints et des pieux sont issus les esprits des hommes lambda.
Et si ces derniers Jinn ne sont pas directement issus des anges comme sous-catégorie, s’ils relèvent eux-mêmes d’une déclinaison principale de la lumière muhammadienne, c’est qu’ils sont destinés à une attribution bien particulière — car ces trois catégories de Jinn qu’on vient de répertorier ont chacune une attribution différente, avec un champ d’évolution différent :
- les Jinn de la première catégorie sont destinés à demeurer à l’état éthéré de purs esprits — c’est-à-dire à évoluer dans le Malakut sans recevoir de corps ;
- les Jinn de la seconde catégorie sont destinés à recevoir le corps d’une créature du monde matériel, mais autre qu’humaine (donc subalterne : d’un animal par exemple), et à y évoluer ;
- et les Jinn de la dernière catégorie (ceux qui nous intéressent ici) sont destinés à recevoir le corps humain — et le Jinni ainsi doté est le Qarîn, dont le couple avec le corps adamique forme Nafs.
D’une manière générale, le champ d’action du Jinni est l’imaginaire, la pensée (il s’agit donc bel et bien d’un esprit comme nous le pensions, mais identifié comme étant le Jinni du Qur’an — ou plutôt, nous avons reconnu dans le Jinni notre concept d’« esprit personnel », qui se voit finalement caractérisé, reconnu sous son appellation coranique, et c’est Une Grâce que de pouvoir faire coller son intuition à La Rhétorique d’ALLAH ﷻ) — même si le Jinni dépositaire d’un corps et soumis au monde matériel (au monde des hommes, au Nasut) doit se partager entre ce dernier et le monde invisible de l’imaginaire, de la pensée (le Malakut — car par définition une pensée n’est pas appréhendable par les sens, ne se voit pas, ne s’entend pas…) ; et son état initial est bien celui d’un feu sans fumée ; et dans tous les cas, comme déclinaison non incarnée, non matérialisée de la lumière muhammadienne, il est bien de la même essence que l’ange, mais plus dégradée vu qu’il correspond au degré spirituel inférieur de l’esprit non intégralement soumis à son Créateur, susceptible de rébellion à l’instar d’Iblis — mais il a son utilité comme tel, et pas des moindres ; et s’il ne descend pas directement de l’ange dans le cas du Jinni destiné à recevoir le corps de l’homme, la parenté est plus dans la lumière muhammadienne, car le Jinni de l’homme est fait d’une lumière plus complexe, enrichie des états d’amour et d’espérance par rapport aux anges majeurs, et de pudeur et de crainte par rapport aux anges mineurs ; et surtout, comme on l’a dit, il n’est pas d’essence angélique (c’est-à-dire qu’il n’est pas un « sous-ange »), mais d’essence muhammadienne « pure » (comprendre : directement issu d’une déclinaison de la lumière muhammadienne — plus précisément de l’état de pudeur de la lumière muhammadienne — quand les autres Jinn sont également issus de la lumière muhammadienne, mais indirectement, via les anges, et à ce titre en sont plus éloignés).
1 Ces quatre anges majeurs, porteurs du trône et résultant du premier état de la lumière muhammadienne (l’état de proximité) sont donc de la même essence que le trône (qu’ils portent) et le repose-pied.
LE RUH ATTACHÉ au corps adamique
Le Ruh (Souffle Divin — ou aspiration au Divin) est cette composition reliant, par les anges via l’esprit muhammadien, L’Esprit Divin au corps adamique (car c’est en réalité au corps humain — et donc à l’humain, pas au Jinni — qu’est relié/connecté L’esprit Divin) ; et c’est par cette connexion que l’humain reçoit originellement la science des Noms ; et le Jinni destiné à recevoir un corps humain hérite forcément de cette dotation en Ruh (et de la science des Noms) — mais il hérite également du mal inhérent au corps de l’homme et qui se trouve dans son sang : le Shayt (l’aspiration malsaine à la trivialité du monde matériel) ; et c’est ce double héritage antagoniste qui sera cause de son tiraillement permanent, dans son association avec le corps et pendant toute la vie de ce dernier, entre l’attrait du monde matériel entraînant chute, oubli, éloignement d’ALLAH ﷻ (de La Matrice, de L’Origine), et le retour à ALLAH ﷻ (à La Matrice, à L’Origine).
De Nafs au Shayt, et de Nafs comme mariage du Jinni avec le corps adamique (lequel mariage en fait le Qarîn)
C’est ainsi que, ce qu’on appelait Nafs (en fait le degré le plus bas de l’âme — l’âme instigatrice du mal, ou âme charnelle : An-Nafsu Al-Ammara bi As-Su’i) pour désigner toute cette partie basse du cœur où se jouent et se cristallisent les passions matérielles, devient le Shayt — et le Shayt est nativement intégré au corps adamique (au même titre que le Ruh), comme une maladie en germe, comme un virus qui ne demande qu’à se réveiller et qui sommeille dans le sang ; mais il n’a pas cette vocation de dépotoir des passions comme l’avait, dans notre vision initiale, Nafs.
Quant-à Nafs (le souffle interne qui renvoie à soi et qu’on peut effectivement traduire par « âme » : la conscience de soi par rapport au mal, au bien, au monde… — autrement dit : l’ego — mais dans un sens synthétique, pas forcément péjoratif), cela désigne le mariage (Zawj) de l’esprit personnel Jinni (qui devient donc le Qarîn indéfectible par ce mariage) avec le corps — mariage que vient sceller le proprium (tous les attributs personnels qu’ALLAH ﷻ vient ajouter à ce couple une fois formé — une partie au corps et ce sont tous les éléments biologiques comme l’ADN ou les empreintes, et une partie au Jinni et ce sont tous les éléments psychiques comme le caractère ou le quotient intellectuel).
Et cette Nafs est une variable susceptible de changements d’états au gré de ses tiraillements entre le Shayt et L’Esprit Divin — d’où les sept degrés répertoriés de Nafs ; mais Nafs n’est en aucun cas une corruption, une dégradation de L’Esprit Divin (comme nous le pensions jusque-là), Qui n’est pas susceptible d’altération : c’est en réalité Nafs (l’équipage corps + Jinni) qui est changeante, et susceptible de corruption comme de purification.
Nafs, variable de référence du cheminement
Il va de soi que le degré originel de Nafs est la Fitra : à la naissance (ce moment où le film du monde sensible est envoyé au Jinni, via les sensations du corps), aussi bien le Jinni que le corps sont d’une pureté angélique, et c’est la confrontation aux sensations et besoins du monde matériel qui va les altérer, les corrompre via le Shayt — et c’est le Jinni qui va mener la danse de cette déchéance, le corps ne faisant que suivre même s’il initie le processus avec ses besoins les plus élémentaires :
Ainsi, dès le début de l’association corps + Jinni, le corps exprime des besoins élémentaires que ressent le Jinni (manger, boire, dormir, se soulager…) et ce dernier, comme moteur de l’attelage, va les satisfaire ; ces besoins ne vont cesser de croître au gré de l’évolution biologique du corps, toujours plus complexes (le besoin sexuel, notamment, va se manifester à la puberté), et le Jinni, qui pourrait parfaitement les modérer, va au contraire les cultiver, grisé par le plaisir qu’il y trouve et le désir de le renouveler — et c’est alors un cercle infernal qui s’enclenche : plus le Shayt avance des besoins (légitimes ou pas), plus le Jinni trouve de plaisir à les satisfaire, et plus le Jinni trouve de plaisirs à les satisfaire, plus le Shayt, encouragé, va en proposer de nouveaux (le Shayt propose, le Jinni dispose — mais il va de soi que si le Jinni se montrait plus ferme à l’égard du Shayt, ce dernier, normalement soumis, ne rentrerait pas dans cette surenchère).
On est donc dans une synergie qui, d’un côté, voit un Shayt jouer sa carte de la satisfaction exclusive du corps et inciter le Jinni à aller toujours plus loin dans cette (pré)occupation, et d’un autre côté un Jinni donc la propre aspiration au mal et à la transgression, résultant de son atavisme et du serment de corruption et d’égarement fait par son ancêtre Iblis, n’en demandait pas tant (et pourtant, son aspiration au mal était en sommeil, jusqu’à ce que les sollicitations répétées du corps — du Shayt — ne vienne la réveiller, et que leur satisfaction ne vienne l’exacerber — et c’est ainsi que le Jinni va finir par prendre le dessus dans ce concours de mauvaise influence) ; et ce jeu d’influence réciproque entre le Jinni Qarîn et le Shayt, s’il n’est pas régulé, finit par entraîner leur couple Nafs au niveau de An-Nafsu Al-Ammara bi As-Su’i — et le couple ne peut être modéré, intérieurement (au niveau du Jinni), que par le Ruh ou des repères moraux issus de la culture et de l’éducation, et extérieurement (au niveau de l’homme), que par la répression judiciaire et le poids de l’ordre social.
An-Nafsu Al-Ammara bi As-Su’i est le niveau de l’ego exacerbé où Nafs n’est centrée que sur elle-même et sa satisfaction la plus radicale, la plus extrême (il y a des graduations dans l’ego, à commencer par la distinction majeure entre ego primaire qui correspond à la seule satisfaction des besoins élémentaires du corps sans nécessaire conscience de soi, et ego secondaire qui implique la conscience de soi et son exaltation), et c’est ce niveau qui fait du couple « nafsique » un Shaytan.
Mais il suffit, pour sortir de cet état infernal (qui correspond, par l’escalade dans le mal et la débauche, à une chute sans fin dans un puits sans fond), que le Jinni, toujours conscient du Divin et par l’effet de son libre arbitre, émette l’intention sincère de revenir à LUI (ce qui lui est rendu possible par le Ruh qui lui permet de se tourner vers LUI) ; du fait de cette intention, ALLAH ﷻ va donc le guider, et cela va se manifester par une influence croissante de Ruh, jusque-là « réglé » au minimum, voilé, enfoui sous un nombre incalculable de voiles (le Kufr, étymologiquement, signifie l’enfouissement) ; car c’est ALLAH ﷻ Qui, en fonction de la sincérité de l’intention de Son Serviteur, règle en lui l’intensité du Ruh, et par un Ruh très actif, le Jinni devient particulièrement réceptif à Ses Livres, Ses Envoyés, Ses Anges, Ses Signes… ; et le Ruh ainsi boosté va venir s’opposer à l’influence du Shayt ; et Nafs, se purifiant, sera de moins en moins centrée sur elle-même, et finira par se décoller du degré le plus bas de An-Nafsu Al-Ammara bi As-Su’i.
Et c’est ainsi que l’ego va progressivement laisser place à la foi, et que le Jinni va devenir musulman et soumettre après lui le corps — ce qui correspond à la dimension rituelle (physique et matérielle) de la foi (dimension appelée Al-Islam) ; sachant qu’une Nafs qui refuse de soumettre son corps, de l’obliger aux adorations (souvent par paresse — mais ça peut aussi être par orgueil ou suffisance), témoigne d’un Jinni (esprit personnel) encore sous influence du Shayt, d’un centrage sur elle-même, d’un ego encore saillant — quand-bien même elle aurait un certain degré de Firāsa, notamment dans la compréhension du Qur’an, et se prendrait de ce fait pour une croyante accomplie ; or, n’est pas plus croyant accompli, réalisé (au sens de Al-Ihsan) celui qui soumet son esprit sans soumettre son corps, que celui qui soumet son corps sans soumettre son esprit (celui par exemple qui a le culte de la religion pour la religion, dont le Qarîn ne regarde pas ALLAH ﷻ mais se satisfait voire s’enorgueillit des adorations du corps) ; tout l’enjeu étant bien évidemment de convertir le Qarîn (qui est la tête de l’attelage, le moteur de Nafs) et donc de l’extraire de l’influence du Shayt — mais aussi de ses propres délires imaginatifs, croyances erronées, superstitions…, qu’ils soient individuels ou collectifs et culturels (relevant du monde des Jinn, qui est le monde invisible et impalpable de l’imaginaire).
On note que les degrés les plus élevés de Nafs (An-Nafsu Al-Kamîla : l’âme parfaite ; An-Nafsu Al-Mardiyya : l’âme qui satisfait) sont ceux où elle n’est plus centrée sur elle-même, mais sur ALLAH ﷻ : Nafs n’est donc pas exclusivement synonyme d’ego au sens péjoratif (c’est-à-dire d’égoïsme), elle est bel et bien cette variable capable d’une amplitude importante entre les attachements à autre qu’ALLAH ﷻ, et ALLAH ﷻ Seul — et le Jinni Qarîn (l’esprit personnel) en est une composante indissociable ; on peut même dire que Nafs est LA variable de référence du cheminement ; ainsi, on peut être une très belle Nafs (comprendre : une belle personne, une belle âme), comme on peut être une Nafs détestable (comprendre : un être détestable), ou encore un mélange des deux quand on est encore tiraillé entre le bien et le mal — entre ALLAH ﷻ et la tyrannie de la matière (autrement appelée Shayt) ; et ce tiraillement correspond à tous les degrés intermédiaires de Nafs (An-Nafsu Al-Awwama : l’âme qui se blâme ; An-Nafsu Al-Mulhama : l’âme inspirée ; An-Nafsu Al-Mutma’inna : l’âme apaisée ; An-Nafsu Ar-Radiyya : l’âme satisfaite), avec pour chacun une inclination plus prononcée au bien ou au mal (ainsi penche-t-on plus vers le mal au degré de An-Nafsu Al-Awwama, et plus vers le bien au niveau de An-Nafsu Ar-Radiyya).
De Nafs fixe COMME SIMPLE DÉPÔT DE PASSIONS à Nafs MOBILE SANCTIFIABLE
Nous pensions jusque-là que les attachements au monde sensible, les passions sources d’oubli, se cristallisaient au bas du cœur sous la forme de Nafs, et que cette Nafs fixe, inamovible (cette âme charnelle) était une partie dégradée de L’Esprit Divin — mais on a vu précédemment qu’il n’en est rien : si Nafs est bien amenée à échouer au bas du cœur par l’attraction du Shayt, qui l’empèse et la tire vers le bas en lui attachant, comme autant de boulets, des passions matérielles, elle conserve la faculté — mobile qu’elle elle — de s’en détacher et de s’élever au haut du cœur (et on a vu par quel processus).
Et si élément fixe il y a, c’est bien le Shayt, qui se trouve dans le sang du corps adamique (le sang est à la fois son repaire et son véhicule) et a pour effet de produire un Waswas : un souffle malsain et fétide, une aspiration au mal, comme une odeur putride mais attirante (un peu comme agissent des phéromones) ; un relent permanent qui n’a de cesse de d’attirer le Qarîn, de le tenter, et, jouant sur son inclination atavique à la transgression, de l’inciter au mal pour le détourner de L’Esprit Divin ; une force, véritable dynamique de déchéance, qui se manifeste notamment en pulsions, en voix intérieures — une force en présence fixe et immuable dans le corps adamique, dans le sang de l’homme, déposée là par ALLAH ﷻ pour éprouver Nafs (entendue comme le couple corps adamique + Qarîn) :
« Et par Nafs et Celui Qui l’a harmonieusement façonnée [d’un corps et d’un Jinni]/ lui a inspiré son immoralité [via le Shayt]et sa piété [via le Ruh]»
Nous avons bien là, dans cette paire de versets (91:7-8) les forces en présence : une Nafs dans sa dimension de couple, à la fois soumise aux aspirations du mal et du bien (de l’immoralité et de la piété) dans un parfait équilibre entre les deux, avec un libre arbitre pour lui permettre de choisir.
Et c’est à son niveau que vont se fixer les attachements au monde sensible, ces passions qui vont la plomber, la fixer au bas du cœur au niveau de l’ego exacerbé, et dont elle devra s’alléger, se soulager, se débarrasser, se purifier pour s’élever au haut du cœur, au niveau de L’Esprit Divin : tous ces attachements qu’elle va traîner avec peine, au moins jusqu’aux deux ou trois premiers degrés du cheminement, avant de parvenir à s’en débarrasser définitivement — et c’est là ce qu’on appelle « renoncer pour ALLAH ﷻ ».
L’âme vraiment plombée, surchargée de tout un éventail de passions assumées et cultivées qui vont du vice le plus pervers (on pense à toutes les perversions d’ordre sexuel — à la toxicomanie, à l’inclination au crime…) à la petite manie (comme aimer se « distraire » en regardant des films ou en écoutant de la musique), c’est l’âme instigatrice du mal (ou âme charnelle, ou âme égoïste) : An-Nafsu Al-Ammara bi As-Su’i — et c’est vraiment le degré de l’ego exalté, exacerbé, qui n’obéit qu’à sa loi (le degré notamment des pervers narcissiques, des psychopathes et autres sociopathes — mais aussi des égoïstes de base) ; une âme non moins chargée de passions, mais non plus assumées et donnant lieu cette fois au remords, au regret, à la culpabilité, c’est l’âme qui se blâme : An-Nafsu Al-Awwama — et c’est le degré de l’âme qui, bien qu’encore trop faible pour résister à ses passions, est au moins consciente du mal qu’elles peuvent engendrer sur les autres (et donc des autres dont elle commence à se soucier), et qui de ce fait va se modérer dans les passions pour rejeter celles qu’elle estime être les plus nuisibles aux autres ; et plus l’âme va prendre conscience des autres, puis d’ALLAH ﷻ Dont La Satisfaction passe par la considération des autres (dont l’illusion d’existence ne sert qu’à ça), moins elle sera centrée sur elle-même et cultivera de passions, s’allégeant peu à peu de celles qui la plombaient déjà, et franchissant tous les degrés où elles sont de moins en présentes (s’élevant ainsi jusqu’au degré ultime de l’âme parfaite — An-Nafsu Al-Kamîla — où l’ego laisse place à ALLAH ﷻ, et où les passions sont totalement éradiquées).
Rahman et Rahim — « filtrant » et « accueillant » : deux termes en opposition
Une étude contextuelle de l’utilisation de ces deux termes (tous deux issus de Rahm : la matrice), dans le Qur’an, démontre que :
- Rahman a un sens contextuel de « filtrant » — un peu comme un portier de boîte qui empêche de laisser rentrer dans l’établissement qu’il garde les fauteurs de trouble : en l’occurrence, ALLAH ﷻ, en qualité de Rahman, est Celui Qui filtre le passage à l’entrée de cette matrice originelle qu’est le paradis, par Son Attribut de Juge Ultime ; comme tel, Il est donc susceptible de refouler avec intransigeance ceux qui, par leurs mauvais comportements, n’ont pas mérité d’y retourner, n’en sont pas dignes : le Rahman est donc La Face à craindre d’ALLAH ﷻ — et c’est là le premier aspect de Sa Miséricorde, car c’est en Le craignant qu’on est censé se modérer et se réformer (faute de quoi on serait en roue libre et on partirait en vrille) ;
- Rahim a un sens contextuel d’ « accueillant », d’enclin au pardon, à l’amour inconditionnel, à la bienveillance… : ALLAH ﷻ, en Sa Qualité de Rahim, est Celui Qui ouvre grand les portes de la matrice originelle ; le Rahim est donc La Face de Pur Amour d’ALLAH ﷻ — et c’est là le second aspect de Sa Miséricorde, car c’est par Son Amour (reçu et rendu) qu’on aspire à Le retrouver, plutôt qu’à s’égarer et sombrer dans l’abîme du monde matériel — qui n’est jamais que l’antichambre de l’enfer.
On note que, dans la BasmALLAH, Rahman précède Rahim — ce qui fait écho au verset (3:129) :
« Il [ALLAH ﷻ]pardonne à qui Il veut, et Il châtie qui Il veut, et ALLAH ﷻ est Pardonneur, Rahim. »
Le Rahim est donc conclusif, c’est Cette Face d’ALLAH ﷻ Qui l’emporte sur La Face Rahman de sévérité, de jugement — comme la mère qui, si elle est amenée à interdire, à gronder, à sévir, à disputer, à priver, le fait par amour, et finit toujours par consoler et ouvrir les bras ; on peut dire aussi que La Face Rahman est Celle du père sévère, éducateur, punisseur, refoulant, quand La Face Rahim est celle de la mère consolatrice.





