بسم الله الرحمن الرحيم
On a déjà établi que Nafs est le mariage Zawj d’un corps adamique avec un Jinni — soit un Jinni iblisien (issu de l’accouplement d’une paire de Jinn), soit un esprit de pieux (directement créé du souffle d’un prophète) ; on a également établi que, s’agissant d’une seule et même Nafs, le Jinni pouvait résulter de l’union spirituelle d’un couple de Jinn différent du couple de corps ayant engendré le corps adamique — c’est-à-dire qu’une seule Nafs pouvait avoir une double ascendance : biologique et spirituelle (mais elle peut tout aussi bien résulter de l’union biologique et spirituelle d’un seul et même couple, dont les corps et les Jinn ont coïté de concert) ; quoi qu’il en soit, on peut d’ores-et-déjà distinguer deux types d’Anfus :
- Celles des pieux, dont les esprits ne résultent pas d’accouplements de Jinn, mais sont directement créés des souffles des prophètes : techniquement, il s’agit de Jinn Qarîn, mais ils ont cette particularité d’être « soufflés » par les esprits des prophètes plutôt que d’être procréés par d’autres Jinn qui se trouvent donc être leurs parents — et nous reviendrons dans d’autres publications sur cette notion du souffle de l’esprit prophétique qui s’est mis à respirer, avec tout ce que cela implique ;
- Celles des mécréants et hypocrites, dont les esprits résultent quant-à eux de l’accouplement de Jinn (ces Jinn dérivés des anges créés du troisième état de la lumière muhammadienne qui est l’état de crainte, qui sont aussi les Jinn des animaux1) ; et c’est précisément cette notion de l’accouplement des Jinn qui nous intéresse ici.
Donc, les esprits attribués aux pieux ne résultent pas d’un accouplement préalable : ils sont soufflés en amont par les prophètes, puis associés aux corps qui leur sont destinés par ALLAH ﷻ — et ça vaut pour toutes les sortes de pieux (Awliya, Muhsinin, Shuhada…) de tous les temps : la notion de coït (quand bien même il s’agirait d’un coït spirituel, comme nous allons le voir) ne leur est pas associée, car ils ont directement été exhalés par un prophète qui les a conçus, réfléchis, pensés avec amour2 : c’est ainsi que chaque pieux est directement rattaché à un prophète qui est son père spirituel, son prophète de tutelle, et qui sera le père spirituel et le prophète de tutelle de tous les gens que ce pieux prendra sous son aile3 — à moins qu’il ne soient eux-mêmes des pieux descendant de leurs propres prophètes ; ainsi, tout saint est créé du souffle d’un prophète auquel il est directement rattaché, dont il est le fils spirituel — et ce prophète n’est pas forcément Muhammad ﷺ même s’il s’agit d’un saint de l’islam : Ibn ʿArabi était lui-même créé du souffle de Jésus (selon ses propres déclarations) ; les Califes bien guidés eux-mêmes, qui ont rang de saints, n’étaient pas forcément créés du souffle de Muhammad 4ﷺ — sauf ʿAli qui est des Ahl Al-Bayt ; on suppose même que ʿUmar était lui-même un prophète dans sa conception (même s’il n’en avait pas la fonction), et qu’il n’était créé du souffle d’aucun prophète parmi les 124 000 répertoriés, mais directement du cinquième état de la lumière muhammadienne comme tous les prophètes : cet état de pudeur dans lequel, soumise au Regard Pénétrant d’ALLAH ﷻ, la lumière a transpiré (sous l’effet-même de la pudeur) ces gouttes qui ont donné les prophètes.
Quant-aux esprits attribués aux mécréants et aux hypocrites, il s’agit de Jinn issus de la reproduction d’autres Jinn ; mais avant de se perpétuer eux-mêmes et d’engendrer des multitudes de lignées, ces Jinn destinés à intégrer des corps de créatures (humains, animaux, végétaux, minéraux, et même artefacts — nous y reviendrons) ont été dérivés des anges créés du troisième état de la lumière muhammadienne (l’état de crainte) : c’est-à-dire qu’avec les chutes de cette lumière qui a servi à créer les anges mineurs (nous renvoyons à la note 1), ALLAH ﷻ a créé plusieurs couples de Jinn, et a décrété que de l’union de ces couples se perpétuerait désormais l’espèce, de manière autonome : tout comme de leur union dépend la perpétuation des corps adamiques, en parallèle de celle des Jinn.
Mais si on connaît bien la mécanique de l’accouplement humain biologique (qui consiste en un coït on ne peut plus trivial dans la forme), on connaît moins celle de l’accouplement spirituel des Jinn — car il s’agit bien d’un accouplement spirituel : les Jinn étant éthérés, virtuels, ne peuvent avoir d’interaction matérielle ; en revanche, ils peuvent mélanger leurs énergies respectives — et cela se fait en/par un échange intense de pensée simultanée à caractère érotique (nous reviendrons sur cet aspect dans un prochain article) ; et de cette pensée synchronisée naît une énergie tierce, mélange des deux — qui est rien moins qu’un petit Jinni ; bien évidemment, cette naissance était prédestinée de toute éternité, inscrite, et ALLAH ﷻ avait déjà attribué à ce Jinni son nom générique et son image de synthèse — car comme toute créature (même les anges), les Jinn ont un nom et une image propres par quoi on les identifie dans l’absolu ; et la naissance dans le Mulk de ce Jinni correspond au moment où, tiré de sa veille dans les cieux supérieurs (il y était en sommeil depuis sa création, à l’état de pur concept, dans l’attente de son existenciation)5, il intègre le corps qui lui est destiné — qu’il s’agisse d’un homme, d’un chien, d’une abeille, d’une pierre, d’un arbre, ou même d’un artefact6 —, passant ainsi de l’état de projet « mis de côté » par ALLAH ﷻ dans les cieux les plus élevés, à l’état de créature effective faisant l’objet d’une pensée immédiate dans le Mulk.
Depuis le parachutage d’Iblis, ange dégradé, dans le monde des Jinn, et soumis qu’il est à leurs lois (dont celle de se reproduire), son Shayt s’est répandu à toute l’espèce, la contaminant ; et il n’est plus un Jinni qui ne soit associé à un corps adamique sans Shayt comme attribut — et c’est un peu sa dot iblisienne : on peut même voir des Jinn particulièrement corrompus, infestés, associés à des corps adamiques résultant de l’union biologique de personnes pourtant pieuses — et le meilleur exemple reste l’enfant pervers du couple de parents pieux tué par Al-Khidr7 ; inversement, un corps résultant de l’union biologique de parents pervers peut se voir attribuer un esprit de pieux — et même un descendant spirituel de Muhammad ﷺ (c’est-à-dire un des Ahl Al-Bayt).
Donc, les âmes humaines sont faites soit d’esprits de Jinn qui se reproduisent comme des bêtes, soit d’esprits de pieux qui, comme ALLAH ﷻ, ne se reproduisent pas davantage qu’ils ne sont le fruit d’une reproduction8 — et c’est pour ça qu’ils sont plus rares : c’est un peu une série limitée du Constructeur, destinée à la collection et à ces musées que sont les jardins du paradis, quand les autres sont produits en série à l’échelle industrielle, et destinés à cette casse qu’est l’enfer.
Et ALLAH ﷻ est Le Plus Savant.
- Ces Jinn et les anges sont de la même matière première — à savoir le troisième état de la lumière muhammadienne : ALLAH ﷻ en a d’abord créé les anges, puis, secondairement, avec ce qu’il en restait, Il a extrait les Jinn : en gros, ces derniers ont été créés avec les « restes » de la lumière des anges, les « chutes » (et on voit bien ici en quoi un Jinni comme Iblis est la « chute » d’un ange), et ils sont donc moins complets qu’eux, moins parfaits, moins aboutis ; il leur reste tout de même un fond de crainte d’ALLAH ﷻ — car ils ont été créés, à la base, pour L’adorer ; et ça n’est qu’à partir du moment où Iblis, ange déchu en Jinni (qui s’est ainsi vu dépouiller de tous ces attributs angéliques qui font que les anges sont plus complets que les Jinn), a intégré le monde des Jinn et s’est mis à y procréer (conformément à sa nouvelle nature de Jinni), que le peuple des Jinn a été contaminé, via sa descendance, par son Shayt : c’est ainsi que, depuis Iblis, ces Jinn sont désormais les Jinn des hommes mécréants, après avoir été les Jinn des premiers hominidés qui L’adoraient naturellement en se fondant harmonieusement dans Sa Création — mais sans connexion avec LUI, sans Ruh (ça, ça ne vient qu’avec Adam) ; ils restent aussi les Jinn des animaux — mais dans le cas où ils doivent intégrer un corps animal, leur Shayt est considérablement atténué, voire neutralisé par l’instinct lié à leur corps animal (l’instinct est lié au corps animal comme Ruh est lié au corps adamique humain) : et c’est d’ailleurs cet instinct qui, véritable programme informatique à la puissance infaillible, intègre l’adoration naturelle d’ALLAH ﷻ chez les animaux — comme Windows intègre Office : car «Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre glorifie ALLAH ﷻ » — et les animaux ne font pas exception à la règle (seuls les mécréants parmi les hommes, parce qu’ils ont fait ce choix en vertu de leur libre arbitre, dédaignent de Le glorifier et font exception à cette règle). ↩︎
- C’est bien évidemment ALLAH ﷻ Qui a conçu ces esprits, mais Il attribue cette conception aux prophètes pour établir leur descendance (et pour établir la filiation des esprits). ↩︎
- Par le pieux interposé : ainsi, quand tel Walî se proclame père spirituel de tel individu, il faut comprendre qu’il ne l’est que par procuration du prophète qui l’a exhalé et dont il est le représentant sur terre — le Muqaddam — pour une génération et une région données. ↩︎
- La plupart des Arabes pieux de l’époque de la Révélation étaient des descendants spirituels et biologiques du prophète Ismaël. ↩︎
- ALLAH ﷻ conserve par-devers LUI, sinon en Ses Domaines du moins aux cieux les plus élevés de l’univers muhammadien (aux confins de ce dernier, aux abords immédiats de Ses Domaines réservés), les esprits qu’Il a imaginés dans l’attente de leur existenciation : ils relèvent encore de Son For Intérieur, de Son Arrière-Pensée. ↩︎
- C’est ainsi que, dans des Ahadith, on voit le Prophète ﷺ interagir avec des pierres ou des arbres, jusqu’à les faire se déplacer : c’est juste qu’il communique, via son esprit, avec les Jinn de ces créatures — car son esprit n’est pas limité à la seule dimension des hommes (|e Nasut) : il couvre, en termes d’amplitude, la quasi totalité du Mulk ; ainsi peut-il échanger avec les hommes dans le Nasut, avec les Jinn dans le Malakut, avec les anges dans le Jabarut — et même directement avec ALLAH ﷻ en Ses Domaines — du moins les plus proches de nous, Lâ-Hût et Ya-Hût (Ha-Hût reste normalement inaccessible, même à Sayyidina Muhammad ﷺ). ↩︎
- Même un descendant biologique de Muhammad ﷺ peut recevoir un Jinni iblisien (ou, si l’on se place du point de vue spirituel, un Jinni iblisien peut intégrer un corps descendant biologiquement de Muhammad ﷺ) : c’est ainsi qu’on peut trouver des pervers alcooliques et fornicateurs dans la descendance biologique de Muhammad ﷺ : leurs Anfus ne sont pas constituées d’esprits créés du souffle de Muhammad ﷺ — même si leurs corps descendent de ce dernier. ↩︎
- « Il n’engendre pas et n’est pas engendré. » (112:3) ; on ne peut rapporter le souffle duquel sont créés les pieux à un acte de reproduction, de coït — fût-il spirituel ; et même s’il s’agit d’un acte de création (alors qu’ALLAH ﷻ est Incréé : la comparaison avec LUI s’arrête là), il est noble et s’apparente à l’insufflation par ALLAH ﷻ à Adam de Ruh. ↩︎




